Jour 18 : Une pêche miraculeuse pour retrouver la banane.

pêche morue

Nous reprenons sur les mêmes bases que la veille : mauvaise temps, mauvaise mer, mauvaise nuit et forcément mauvaise humeur. Heureusement, nous apprenons que nous pouvons à nouveau nous dégourdir les jambes sur le pont. Nous nous empressons de sortir. Le vent frais nous réveille quelque peu et nous enchainons avec la première leçon de la journée, qui concerne les relations de la Russie avec les institutions tels que les Nations Unies ou l’Organisation Mondiale du Commerce.

C’est à nouveau une journée sans grandes péripéties à relater. La plupart des prélèvements et des échantillons ont déjà été fait. Il ne reste plus qu’une station à effectuer en Mer Blanche. Certains scientifiques à bord réalisent leurs premières analyses dans le laboratoire situé au 6ème étage du bateau. Pour les autres, qui ne disposent pas du matériel nécessaire à bord, ce sont les titrages qui prennent une grande partie de leur temps, en espérant avoir accès au laboratoire à Arkhangelsk. Pour les sciences sociales, c’est l’heure des dernières interviews et des dernières prises de notes.

Tout le monde arrive gentiment à bout des provisions d’eaux fraiches emportées par bidon de 5L depuis Arkhangelsk. Après, ce sera l’eau désalinisée du bateau et son gout chimique, qui rappelle un peu trop le désinfectant pour main mis à disposition dans les hôpitaux. sBien plus grave, les rations de chocolat, fruits-secs et autres friandises sont bientôt épuisées.Heureusement, il reste plusieurs gigas de films et séries sur les disques durs. De quoi faire passer le temps lors de ces longues journées brouillardeuses.

A vos hameçons !

La vraie distraction arrive enfin aux alentours de 21h30. Le bateau fait une halte à l’emplacement où doit se trouver un banc de morue particulièrement impressionnant. L’équipage met les lignes à l’eau, en espérant remonter assez de poissons pour que les scientifiques puissent analyser leur teneur en polluant (métaux traces, pesticides, etc ).

La pêche dure plus d’une heure et certains scientifiques se prennent au jeux, ramenant eux-mêmes leurs prises. Les morues sont des poissons impressionants à voir remonter au bout d’une ligne. Leur 2 ou 3 kg se démènent à qui mieux mieux pour tenter d’échapper au hamecon. Leurs corps ruissselants font un bruit  du tonnerre en frappant le long de la coque. La pêche est un tel succès qu’il faut un marin dédié à leur mise à mort. Le couteau à la main, il parcourt le pont pour mettre fin à leur agonie. Etant presque tous des marins d’eau douce pour ne pas dire des terriens endurcis, nous sommes fascinés par ce spectacle d’une dizaine de poisson remontés en quelques minutes. Sans tenir compte des spécimens qui finiront dans la cuisine, 14 morues serons bientôt analysées dans le laboratoire de l’université d’Arkhangelsk.

 

Fin de la seizième journée. Journée suivante.

Jour 17 : La tête dans le brouillard

glace et brouillard

Au petit déjeuner de ce dimanche grisâtre, il semblerait qu’une horde de zombies ce soit emparée du bateau.  Pour cause, la mer s’est soudainement levée dans la nuit. En conséquence, une bonne partie d’entre nous n’a pas réussi à dormir plus de quelques heures. Le brouillard s’étant une nouvelle fois levé, le pont extérieur ne représente qu’une maigre consolation. C’est donc dans la charcuterie et les œufs durs que nous venons chercher un peu de réconfort. D’autres cependant arrivent tout sourire, annonçant à qui veut bien l’entendre que le roulis infernal qui nous a secoué dans nos couchettes les a, pour leur part, merveilleusement bercé.

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Bienvenu à bord du Professeur Molchanov !!

professor molchanov

Durant 3 semaines, le navire Professeur Molchanov sera la demeure des 17 étudiants suisses embarqués à son bord. Suivez-nous pour une visite guidée, de la cale au pont supérieur.

Le Molchanov, brise-glace ou pas ?

Une des premières questions qui revient lorsque nous présentons notre voyage, c’est « vous partez sur un brise-glace ? » La capacité du navire à fendre des mètres d’eau solidifiée semble être l’une des préoccupations majeures, et récurrentes,  de notre auditoire. Navré de vous décevoir mais  le Professeur Molchanov  n’est pas un brise-glace.  Cependant, il revendique tout de même une « certification glace UL 1 », autrement dit, il possède la capacité de briser de la glace épaisse de 0,8 m à 1 m. Rien que ça! Construit en Finlande en 1983 pour l’URSS, il fait partie de la classe des Akademik-Shuleykin. Les plus férus de navigation sauront peut-être de quoi il retourne. Pour les autres, le Professeur Molchanov fait simplement partie de la grande famille des navires océanographiques des années 1980.

Et sinon, ça ressemble à quoi le Professeur Molchanov?

Le navire mesure 71m de la proue à la poupe et 12m de bâbord à tribord. Revendiquant modestement 1753 tonnes de jauge brute (sa capacité de transport), il est opéré par un équipage d’une vingtaine de marins russes. Durant notre expédition, nous cohabitons avec 39  étudiants russes, pour un total de 80 passagers. Autant dire que pendant les 3 semaines qui viennent, nous allons apprendre à nous supporter.

Professeur Molchanov Deckplan
Plan du « Professeur Molchanov »

Réparties sur 3 étages, les cabines se partagent à deux ou à trois. Pour les plus chanceux, les toilettes et les douches sont privés. Pour les autres, il faudra se rendre dans le couloir pour accéder aux cabinets.

Est-ce qu’on s’ennuierait pas 3 semaines sur le Professeur Molchanov?

La vie à bord sera principalement rythmée par les cours dispensés dans la journée, les expériences scientifiques et les repas. Durant les temps libres, une salle de sport, une bibliothèque et un sauna sont à disposition des occupants.

Si la majorité du temps se passera à bord, nous aurons la chance de mettre plusieurs fois le pied à terre, sur les différents archipels que nous aborderons. Pour ce faire, des Zodiacs sont prévus, afin de faire la navette du bateau à la terre ferme. Enfin, pour celui ou celle qui craint de s’ennuyer, il reste toujours la possibilité de s’installer sur le pont pour observer le paysage et en prendre plein la vue !

 

Arkhangelsk, ville de départ du projet Uniarctic

Arkhangelsk

Capitale de l’oblast homonyme, Arkhangelsk est la deuxième ville portuaire russe en terme d’importance, ouverte sur la Mer de Barents. Carrefour commercial dès le XVIème siècle puis port au coeur de la grande épopée arctique du XVIIIème, il est impensable de dissocier l’histoire de l’arctique russe de celle de la cité située à l’embouchure de la Dvina. Visite guidée de la ville qui servira de port de départ au étudiants du projet Geneva Global 2017.

Arkhangelsk, un carrefour commercial

La découverte en 1989 d’un important trésor constitué de monnaies du VIIème siècle provenant de différentes régions d’Europe laisse penser qu’il y avait une activité commerciale locale dès cette époque. De fait un poste de commerce sur la route commerciale entre la Baltique et l’Empire Byzantin, nommé Novgorod est mentionné dès le IXème siècle dans La Première Chronique de Novgorod qui raconte la formation de la République du même nom)  Après la destruction de la République par les armées d’Ivan III en 1478, la région tombe sous l’égide du Grand Duché de Moscou.

En 1555, Sir Richard Chancellor arrive en Mer Blanche à la tête du navire Edward Bonaventure. Des liens commerciaux s’établissent entre l’Angleterre et la Russie d’Ivan IV, dit le Terrible. Rapidement, les Hollandais et les Ecossais viennent commercer en mer Blanche. Logiquement, l’empereur décide en 1584 de créer une nouvelle cité à l’embouchure de du fleuve. La ville sera d’abord nommée Novo Kholmogory, Nouvelle Kholmogory, en référence à la ville de Kholomogory située plus en amont sur le fleuve.  Elle prendra son nom actuel en 1613, en référence au monastère du XIIème siècle, le monastère de l’Archange Saint-Michel, construit sur une île de l’estuaire du fleuve par des moines russes de Novgorod.

La ville prospère jusqu’en 1722, date à laquelle Pierre le Grand décide de faire de Saint-Pétersbourg « sa ville ». Il limite par décret le trafic d’Arkhangelsk aux seuls besoins de la population. En conséquence, l’activité économique s’effondre dans tout l’oblast. Il faudra attendre 1762 pour que l’impératrice Catherine II proclame un nouveau décret rendant caduc celui de Pierre le Grand. Le trafic reprend et la ville renaît progressivement de ses cendres. Mais le commerce n’est pas la seule raison de cette expansion.

Arkhangelsk : Port de départ des grandes explorations

Les premières expéditions.

En 1756, une première expédition part d’Arkhangelsk : préparée par Lomonosov, elle a pour but d’atteindre le Spitzberg (et peut être le Pôle Nord). Sous le commandement de Vassili Tchitchagov, les 3 navires (Tchitchagov, Panov et Babayev ) atteignent le Spitzberg mais ne peuvent continuer en raison de la glace. Les résultats sont limités mais l’impulsion vers le Nord est donnée.

En 1821-1824, Fyodor Litke lance son expédition à destination de la Nouvelle Zemble depuis Arkhangelsk. On peut noter que l’archipel est déjà connu des Russes depuis le XIème ou XIIème siècle (marchands de Novgorod) et exploré en 1553 par Willoughby puis en 1596 par Willem Barrentz, qui en cartographie la côte ouest.

L’épopée arctique d’Otto Schmidt.

Les expéditions les plus marquantes au départ de la ville sont sans doute celles Otto Schmidt (scientifique, mathématicien, astronome, géophysicien et Héros de l’Union Soviétique), lancées en 1929 et 1930, 1932 et 1934. Durant ses expéditions, il explore les secteurs nord-ouest de la mer de Kara, découvre plusieurs îles et met en place la première station de recherche scientifique sur l’archipel François-Joseph.

Ce dernier fait n’est pas anodin : lorsque Otto Schmidt hisse le drapeau soviétique sur l’île, il vient de dépasser les navires norvégiens le Torsnes et le Hvalrossen. Ils étaient également partis ériger une station sur l’île, afin d’asseoir la suprématie norvégienne sur l’archipel. Cette rivalité dure depuis longtemps : à la fin du XIXème, 80% des expéditions de chasse au phoque entreprises dans l’archipel sont norvégiennes. Dès la fin des années 1920, l’URSS et la Norvège revendiquent officiellement les terres François-Joseph, par échange, décret de possession et protestations officielles. L’arrivée de Schmidt règle le problème définitivement.

Schmidt ne se contente pas de ce premier succès et lance deux nouvelles expéditions. La première sur le Sibiriakov en 1932. C’est le premier voyage sans escale d’Arkhangelsk au Pacifique, sans hivernage. Le bateau dérive pendant 11 jours suite à une avarie d’hélice. Un gréement de fortune est installé et le navire peut traverser le détroit de Béring pour arriver à Yokohama.

L’aventurier intrépide décide de repartir dès l’année suivante.  Il prend la barre du vapeur Tchelyouskine, le long de la route maritime du Nord. Son objectif est de déterminer si un bateau non brise-glace peut effectuer la traversée par le passage du Nord-Est. En une seule saison… Apparemment pas ! En effet, le naufrage qui s’ensuit puis le sauvetage par un un escadron d’aviation est l’un des événements les plus marquants de la conquête de l’arctique russe.

Arkhangelsk aux XXème et XIXème siècles.

1914-1945

Durant la Première Guerre Mondiale, Arkhangelsk est le seul port ouvert de Russie occidentale. Il connait alors un vrai développement de ses infrastructures, notamment des liaisons ferroviaires. La ville jouera un rôle central dans l’approvisionnement du front de l’Est.

Durant la révolution d’Octobre de 1917, Arkhangelsk est un bastion des Russes Blancs. En effet, les académies militaires qui s’y trouvent sont fidèles au Tsar. La ville ne tombera qu’en 1920 et la répression n’en sera que plus dure. En découle un effondrement du transit, qui mettra des années à se rétablir.

Tout comme Mourmansk, Arkhangelsk jouera à nouveau le rôle de port de convoi, durant la Seconde Guerre Mondiale. La Mer de Barents, juste au large de la ville, a été le théâtre d’une bataille navale célèbre :

Un raid de l’Amiral Hipper, un croiseur lourd allemand sous le commandement de l’amiral Oskar Kummetz ouvre le feu sur un convoi allié. C’est le début des hostilités. Malgré deux coups au but qui coulent le HMS Bramble et le HMS Achates, les allemands subissent de lourdes dégâts. Ils perdent les Z16 Friedrich Eckoldt et sont obligés de se battre en retraite. Le convoi rallie finalement Mourmansk.

1946-2017:

Après la Guerre, il faudra attendre plusieurs années avant que le port ne soit rénové. Les constructions provisoires en bois, construites pour répondre aux besoins énormes lors du conflit, tarderont à être remplacées. Néanmoins le port s’adapte : Entre 1960 et 1990, le volume traité en tonnage dans le port passe de  : 2,8 à 5,4 millions de tonnes par an. La moitié en produit forestiers, économie centrale de la région, le reste en céréales, équipements industriels et fourrures.

La ville connaîtra une très grosse diminution du trafic lors de l’effondrement du bloc soviétique. Depuis lors, un léger mieux se fait sentir tous les ans. Selon plusieurs estimations, les chiffres de 2012 auraient atteint ceux d’avant la crise économique des années 1990.

Aujourd’hui, la ville se revendique comme un centre culturel et touristique du Nord. Classée dans le Top 50 des meilleurs circuits touristiques 2017 du Telegraph, Arkhangelsk joue sur son histoire et sa scène culturelle pour attirer les foules. Petite anecdote pour briller en société : Le bleu russe serait originaire de la ville d’Arkhangelsk. Il était appelé au XIXème siècle « Archange bleu » ou « Bleu d’Arkhangelsk».