Dimanche 11 août & Lundi 12 août

Par Estelle.

[English version below]

Prologue

Interview d’Eric Hoesli

Portrait des étudiants

« La seule certitude, c’est que l’imprévu nous attend », disait Eric Hoesli il y a trois mois.

L’imprévu a commencé dès notre arrivée.

A Moscou, Mr. Yves Rossier, ambassadeur de Suisse, nous a fait l’honneur de nous accueillir au débotté dans les nouveaux locaux de l’ambassade, dans le quartier des Étangs Propres. En écho à notre mission universitaire au Yamal, il a évoqué l’une des actions pédagogiques qui lui tient particulièrement à cœur : sensibiliser les élèves de 10 à 14 ans à l’histoire du Goulag et la répression stalinienne, grâce à la publication de nouveaux manuels scolaires, en partenariat avec les autorités russes.

Nous avons ensuite découvert le cœur historique de la capitale : grande émotion devant la Place rouge et le Kremlin, où s’affichent les différents symboles du pouvoir : l’étoile soviétique, l’aigle impérial à deux têtes, le drapeau de la Fédération de Russie. L’histoire russe assume sa complexité, nous confie Eric Hoesli, et ses paradoxes, puisque la place historique, célèbre pour ses défilés militaires, est aussi la vitrine de GOUM, l’un des plus anciens grands magasins de la capitale.

Retour en métro jusqu’à l’aéroport, en passant devant d’autres grands monuments de l’histoire du XXème siècle : la Douma, et à quelques pas, les bureaux où se sont déroulés les grands procès staliniens. Un peu plus loin sur l’avenue, le Théâtre du Bolchoi et l’édifice inquiétant de la Loubianca, siège de la police d’Etat, tapi dans l’ombre.

Après une nuit presque blanche dans l’avion de Moscou à Nadym, nous avons vu le planning de notre première journée bouleversé par une bonne nouvelle : la venue de M. Dmtri Artiukhov, Gouverneur de la région du Yamal, sur le site de notre campement.

Le trajet de l’aéroport au camp est un voyage dans le temps : nous découvrons les modestes habitations, aux murs décrépis, rappelant les HLM occidentaux des années 70. Plus loin, ce sont des baraquements, vieux garages ou hangars abandonnés, qui font l’effet d’un bidonville industriel, amas disparate de matériaux de récupération. D’énormes tuyaux de gaz sillonnent les rues, contournent les bâtiments, s’élèvent en porche au-dessus des entrés, immense labyrinthe de fer. Ailleurs encore des carcasses de maisons ou de wagons, abandonnées, rouillées. Furtivement, sur le bas côté, image incongrue d’une petite maison rouillée, couchée sur son flanc, comme un animal à l’agonie…

Nous sortons de la bourgade. À droite, une grande croix orthodoxe, comme une étonnante Croix de Lorraine, est juchée sur un piédestal.

Puis le paysage, une immense plaine, transpercée de trouées d’eau. Des étangs, des marécages, l’eau affleurant la route. La végétation, éparse, buissonnante, d’un vert intense éclatant. Et les trouées d’eau pale, comme des miroirs…

Nous approchons, la plaine dévoile peu à peu ses trésors… un fragment de ligne rouillée sur un talus de sable, des traverses éparses, un monticule de débris… un pont de bois effondré, avec ses arches de fer béantes, comme des pattes d’araignée géantes… autour, quelques bosquets de bouleaux efflanqués, aux troncs maigres. Comme des squelettes…

Enfin nous arrivons au camp. Un alignement de tentes aux couleurs vives, bleu, vert, orange, au milieu d’un sous-bois clairsemé. Puis le regard découvre, dissimulés dans les bosquets, les premiers baraquements effondrés du Goulag. Brusque émotion devant ses constructions rudimentaires, qui attendent là depuis plus de 70 ans, repliées sur elles mêmes, ployant sous le poids du temps et des souffrances humaines, comme des animaux blessés cachant pudiquement leur honte et leur blessures.

Pas le temps de s’aventurer plus loin. Nous attendons l’arrivée imminente du Gouverneur. Agitation sur le camp, nos hôtes russes s’affairent et s’affolent… Nous attendons, sous une pluie ardente et une nuée de moustiques, agressifs et voraces. Nous revêtons l’accessoire qui va s’avérer le plus vital : des chapeaux équipés de filets anti moustiques. Nous ressemblons à des apiculteurs ou des cosmonautes, nous n’osons plus bouger, transis peu a peu d’humidité et de froid.

Soudain, il arrive !

Nous nous retrouvons tous autour du gouverneur et du maire de Nadym, autour d’un copieux et somptueux « obied » (le dîner en Russie), servi dans la tente principale, une tente ronde qui rappelle la « tchoume » des Nenets, les nomades de cette région. Il salue notre arrivée et notre intérêt pour sa région, qui est la plus riche de Russie. Elle recèle en effet des réserves énergétiques pour les « cent ans » à venir, et des vestiges du passé à préserver « en respectant l’esprit du lieu ».

Voici un extrait de la rencontre, qui a abordé les questions économiques liées à la gestion des ressources en gaz, au développement en infrastructures de la région, à l’avenir du peuple Nenets, peuple nomade éleveur de rennes, particulièrement bien intégré. L’entretien s’achève sur la question du site du Camp 93, vestige du dernier chantier ferroviaire de Staline.

Tendez l’oreille, la tente se transforme en véritable QG de campagne au milieu du sous-bois, les crépitements des appareils photo et les zooms des caméras transforment le déjeuner en véritable conférence de presse … avec, en bruit de fond, le générateur électrique qui ronronne …

« If there is one sure thing, it is that the unexpected awaits us » said Eric Hoesli three months ago.

The unexpected began right from our arrival.

Landing in Moscow, the Swiss embassador M. Yves Rossier made us the honour of welcoming us in the embassy’s new buildings, in the district of the Clean Ponds. He shared one of the pedagogical actions close to his heart : work with the russian authorities to bring awareness about the Goulag and the stalinian repression to teen students, through the publication of new learning materials.

Later, we discovered the historical heart of the capital. The emotion grew as we walked down the Red Square and the Kremlin appeared, where various symbols of russian authority can be seen. We saw the sovietic star, the two-headed imperial eagle, and the Russian Federation’s flag.

Russia accepts its complexities and its paradoxes, Eric Hoesli tells us. Indeed, this historical place, known to be a military theatre, is also the home of GOUM, one of the oldest big malls of the city.

Going back to the airport, we get to discover other great monuments of the XXe century’s history. We encounter the Douma, and a few steps ahead, the building where the stalinian trials took place. A bit further along the avenue, our eyes meet the Bolchoi Theatre, and creeping up in the shadows, the worrying walls of the Loubianca, headquarters of the state police.

After a long sleepless night in the plane going from Moscow to Nadym, we received some good news and knew that our first day’s schedule had been tossed away. What was supposed to be a calm day to recuperate from the many flights, turned into an official meeting with Dmtri Artiukhov, Governor of the region of Yamal, on the campsite.

From the airport to the campsite, it feels like we are going back in time. We encounter buildings and houses that remind us of the low-cost housing of the occidental 70s. Further on, there are barracks, old garages or abandoned sheds, which creates the effect of an industrial slum, a disparate clusters of recycled materials. Huge gas pipes crisscross the streets, skirting the buildings, and rise above the entrances in an immense iron labyrinth. All around are carcasses of houses or wagons, abandoned, rusted. Furtively, on the low side, we perceive the incongruous image of a rusty little house, lying on its side like an animal in agony …

We leave the city. To the right is a great Orthodox Cross, suprisingly similar to the Lorraine Cross, upon its pedestal.

We enter the open air and discover quite a landscape. An immense plain, pierced with gaps of water. Ponds, swamps, the water is right next to the road. The vegetation, sparse and bushy, is of a brilliant and intense green. And the pale water, like a mirror …

We are approaching, and the plain reveals little by little its treasures … the fragment of a rusty line on a sand slope, a mound of debris … a collapsed wooden bridge, with its gaping iron arches, like paws of giant spider … around, a few bunches of scrawny birches, with lean trunks. Like skeletons …

Finally we arrive at the camp. An array of brightly colored tents, blue, green, orange, in the middle of a sparse undergrowth. Then our eyes discover, hidden in the groves, the first collapsed barracks of the Gulag. Abrupt emotion in front of the rudimentary constructions, that have waited there for more than 70 years, folded on themselves, bending under the weight of time and human suffering, like wounded animals modestly concealing their shame and their wounds.

No time to venture further. We are waiting for the Governor’s imminent arrival. Begins the agitation on the camp, our Russian hosts are busy and start to panic … We wait under a fiery rain and a swarm of aggressive and voracious mosquitoes. We put on the accessory that will prove to be the most vital while staying here: hats equipped with anti-mosquito nets. We are like beekeepers or cosmonauts, we do not dare to move, shivering with the mix of moisture and cold.

Suddenly, he arrives!

We all gather around Mr. Governor, around a hearty dinner served in the main tent, a round space that looks like a « tchoume » of teh Nenets, the regions’ nomadic people. He welcomes us and our interest in his region, which is the richest in Russia. It contains energy reserves for the “hundred years” to come, and vestiges of the past to preserve “while respecting the spirit of the place.”

Here is an excerpt of the meeting, which addressed the economic issues related to the management of gas resources, the infrastructure development of the region, the future of the Nenets people, nomadic reindeer herding people, that are particularly well integrated. The interview ends with the site of Camp 93, a remnant Stalin’s last railway construction site.

Stretch your ears, the tent turns into a campaign headquarters in the middle of the undergrowth, the cracklings of the cameras and the zooms of the cameras transform the lunch into a real press conference … with the electric generator purring as a background noise …

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