Jour 13: Tundra, boulot, dodo

La 2ème semaine sur l’île de Samoylov commence tranquillement. Après les tribulations des jours précédents, tout le monde accueille volontiers l’idée de commencer des mesures plus régulières sur l’île et de passer un peu de temps avec les scientifiques présents. Cela commence bien car nous avons droit à une visite de l’impressionnant système sanitaire et énergétique de la station. Evgeny, un des techniciens présents tout l’été, nous explique que toute l’eau de la station provient du petit lac à proximité et est filtrée pour la consommation. Après son utilisation elle est passée dans une cuve d’épuration constituée d’un filtre à charbon actif et d’un filtre biologique avant d’être rejetée dans ce même lac. L’apport énergétique est quant à lui assuré par 6 cuves de diesel, de 100 mètres cubes chacune, qui sont approvisionnées environ une fois par saison par un immense bateau que nous espérons voir avant notre départ.

Départs en cascade

Après un premier tour des stations de mesures ainsi que quelques mesures du CO2 émis par le sol, le groupe est rassuré, tout fonctionne et semble résister au vent. La bonne humeur se prolonge dans la soirée avec un feu de camp organisé sur la plage pour profiter des derniers jours de beau temps. Les histoires racontées à la lueur des flammes sont peu à peu remplacées par des chansons à mesure que la vodka russe et la damassine jurassienne se font concurrence. Quelques reflets déjà nostalgiques éclairent les visages car le départ d’Andrei est prévu le lendemain. Notre populaire et temporaire professeur de géologie aura sans aucun doute été la figure importante du début de notre voyage, et son départ le lendemain sera suivi de quelques larmes.

Pas le temps de s’apitoyer cependant, car le soleil ne nous attendra pas. Nous commençons donc la réalisation d’un transect afin d’estimer la variation de la profondeur du permafrost sur l’île. Et c’est par une température de près de 20°C que nous terminons cette tâche qui nous permettra de connaître l’épaisseur de la couche active sur près d’un kilomètre et demi. La routine reprend ensuite son cours jusqu’au jeudi soir, où les tables et bancs ont été sortis afin d’organiser un grand barbecue de poisson avec tous les gens encore présents sur la station. Il s’agit de marquer le coup du départ de Waldemar, le chef historique de la logistique sur Samoylov, pour qui l’heure de la retraite a sonné. Le lendemain il est donc temps de dire adieu à Waldemar, chef de la logistique, Mathias, Alexandra, Birgit et Sasha, scientifiques allemands, Gregor et Agathe, chercheurs polonais, ainsi qu’a Sveta et Katia, scientifiques russes.

Seuls au monde

Le week-end commence alors que nous sommes les seuls « étrangers » restants sur la station. Dix personnes en tout et, probablement pour la première fois de l’histoire de la station, la parité est respectée. Cette belle avancée du féminisme est récompensée par la première Bania pour les garçons le soir même. La Bania l’équivalent des bains publics pour les Russes. Ici elle prend place dans une petite cabane à quelques dizaines de mètres de la station. Dans la masure se trouvent un énorme poêle, une salle au-dessus qui s’apparente fortement à un sauna, une douche pour se rincer et une salle munie de canapés afin de profiter de la chaleur ambiante du poêle. Une fois sorti du sauna, la tradition est d’aller se jeter dans le lac qui fait face à la cabane avant de retourner se réchauffer dans le sas d’entrée à 40°C. C’est ainsi que nous passons près de deux heures à effectuer des allers retours entre un lac à 6 degrés, un sauna à 70 et les verres de vodka inévitablement posés devant les canapés, le tout complétement nus.

La cabane dans laquelle se déroule la bania

Le dimanche est un jour « off » pour toute la station et surtout pour la cheffe de la cuisine, Regina. Puisque nous sommes les seules personnes présentes en dehors des techniciens, la tâche de préparer le repas du soir nous est attribuée sans possibilité de discussion. Le choix du menu s’arrêtera sur des spätzli maison saupoudré du peu de fromage suisse emmené dans les bagages. Annina prend les rênes de la préparation d’un gâteau aux carottes et, l’heure venue, tout le monde s’assied à la table à manger pour déguster nos différents plats. Heureusement, le succès est au rendez-vous et nous pouvons aller nous coucher en toute sérénité. Lundi, de nouveaux scientifiques, en majorité allemands, arriveront et Samoylov reprendra sans doute un peu de la vie qu’elle avait perdue pendant quelques jours.

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.