Jour 18 : Mer agitée et calme plat

Par Marc.

Il semble que l’on ne s’arrêtera plus à terre avant la mer Blanche. Les changements de plans sont nombreux car nous dépendons des conditions environnementales. Il faut toujours que le capitaine, le chef de l’expédition et les différentes équipes de recherche s’accordent en tenant compte des conditions maritimes et de l’étendue de la glace. On attend et, dans tous les cas, le bateau avance, même si on ne connait pas exactement son itinéraire. Ça ne vaut pas forcément la peine d’aller à la pêche aux nouvelles, car elles peuvent changer rapidement.

Alors que je commence à trier un échantillon de micro-plastiques, je comprends que nous sommes dans une nouvelle phase de notre voyage : fini le calme de la mer de Kara. Le bateau tangue et il est bientôt impossible de travailler au microscope ; nous sommes de retour en mer de Barents. J’ai malheureusement déjà versé mon échantillon dans les tamis et je dois impérativement transférer le contenu en lieu sûr. Commençant à me sentir nauséeux, je laisse de côté le transfert de cet amas rosâtre de crevettes microscopiques. Jambe tendue et bassin appuyé contre la paroi afin de me stabiliser en dessus de l’évier, j’arrive à mes fins avec la précieuse aide d’Elodie.

Au repas de midi, les tables sont remplies de nourriture et il n’y a que peu de personnes à table – le mal de mer est de retour. En début d’après-midi, nous sommes également peu nombreux au cours sur l’histoire des expéditions en Antarctique. Même l’emblématique Eric Hoesli a cette fois déposé les armes. A ma droite, on peut voir l’effet de l’agitation marine sur le visage de certains participants. A ma gauche, plusieurs auditeurs sont endormis par ce bercement.

Le continent antarctique est en partie dédié à la coopération internationale et au partage des données scientifiques. Nous apprenons notamment l’existence d’une chapelle de la trinité à la station russe de Bellinghausen. L’environnement rude du pôle sud induit une courte durée de vie des stations. Les premières stations ont été construites sur le manteau neigeux et ont été englouties par les cycles de gel et de dégel en quelques saisons. Depuis, de véritables progrès vers des stations plus durables ont été faits. La station belge « Princesse Elisabeth » est la première à se prétendre faite uniquement de matériaux renouvelables et à être autonome en énergie propre. La discussion prolonge la présentation et il ressort qu’un grand défi reste la gestion des déchets dans ces régions reculées.
Les orateurs ne sont pas épargnés par les turbulences. Dimitri n’apparaitra dans la salle de cours que pour la durée de sa présentation sur les microorganismes. Après les cours, c’est le calme plat sur le Molchanov.

Chaque jour, deux volontaires aident à l’épluchage des légumes en cuisine. Aujourd’hui, c’est Yann et Cyriaque qui sont mis à contribution. Cyriaque revient de sa tâche en annonçant de manière théâtrale que « la nourriture tombait, les congélateurs s’ouvraient, la vaisselle se cassait ». Malgré que le cuisinier qui voyait son teint pâlir peu à peu lui ait recommandé de rester dans sa chambre, il est revenu, vidé, pour terminer sa corvée. Pour les personnes qui ne sont pas senties malades, l’après-midi est dédié au repos, à la lecture ou à la rédaction de rapports.

2 commentaires pour “Jour 18 : Mer agitée et calme plat

  1. Ah enfin un article de Marc ! Je commençais à ne plus y croire. La mer n est pas vraiment un élément facile à apprivoiser et vos estomacs en sont la preuve. Bravo pour votre ténacité et pour réussir à pratiquer vos expériences malgré tout. Déjà bientôt la fin de cette aventure! Félicitations à tous.

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