Jour 21 : I am Flying Jack

Par Anouk.

Le débarquement de la veille ayant terminé à 5h du matin, la matinée se déroule dans un silence déroutant. Pour beaucoup, le petit-déjeuner est remplacé par la soupe du repas de midi. Pour compenser ces heures dédiées au sommeil, Lucie et moi décidons de mettre les bouchées doubles pour notre projet. Nous courons à travers le bateau, descendant les escaliers à toute vitesse en nous lançant les clés USB au passage. Le même rythme est suivi par certains groupes de travail, qui voient la fin du voyage se rapprocher à toute vitesse. Pour d’autres toutefois, l’heure est à la détente. Autour d’une table, les parties de dourak s’enchaînent. Ce jeu de carte russe a l’avantage d’être facile à comprendre, et a donc été adopté par les Suisses. Bien sûr, de l’autre côté de la salle, le traditionnel jass ne s’arrête jamais. Dans le laboratoire, l’art côtoie la science. Comme l’absence d’un produit chimique repousse les analyses à son retour à Genève, Margaux a décidé de réinvestir son lieu de travail. Entre deux microscopes, elle peint les paysages que nous avons contemplé tout au long du voyage. Ces aquarelles sont 100% arctiques, et pas seulement par le choix du sujet : c’est dans l’eau de mer que s’abreuvent ses pinceaux. Elle est fréquemment dérangée par des répétitions musicales, en vue de la soirée concert du lendemain. Chansons françaises, russes et anglophones résonnent, déclamées par des cordes vocales de toutes origines.

Le soir, Charmilie organise une chasse au trésor, aidée de nombreux complices. Chacun.e tient un poste où les équipes suisso-russes relèvent des challenges des plus originaux. Outre le défi sportif de la corde à sauter, on retrouve un test de compétence ménagère. Sous l’œil de Sacha, les participant.e.s doivent nettoyer le pont avec des minuscules bouts de serpillère. A entendre Melissa s’exclamer « C’est dégueulasse ! » en frottant une fiente d’oiseau d’un air écœuré, la panosse tout au bout de son doigt, pas sûr que cette activité inspire des vocations. Au labo, il s’agit de relier des photos de planctons avec leur nom latin. Cyriaque, qui chapeaute cette activité, ne peut empêcher un sourire goguenard. Il a en effet passé trois semaines à trier des zooplanctons, et son poste n’est qu’un doux extrait de ses longues nuits de travail. Margaux a quant à elle choisi de partager ses pinceaux, en demandant aux étudiant.e.s de dessiner une carte de l’Arctique. Sur certaines feuilles, un ours blanc cache tout le paysage, alors que d’autres ont fait le pari de dessiner la région à l’époque pangéenne, quand le monde tenant sur un continent unique. En face, une scène de théâtre retrace des extraits de l’histoire arctique. Un jury international impartial, composé d’Eric Hoesli et de Gao Tianming, juge les prestations d’un œil amusé. Finalement, Charmilie propose aux équipes de composer une strophe de l’hymne du Molchanov, sur l’air de La Vie en Rose d’Edith Piaf. Une fois les morceaux rassemblés, la chanson transite entre les trois langues de communication du navire. En voici un extrait :

Quand il me prend sur son pont
Bercé par l’Océan
J’en ai le cœur qui tangue
Il m’entraine vers les Pôles
Guidé par Sir Xoxlov
Capitaine du Molchanov

Une fois les équipes ayant terminé tous les postes, ils rassemblent les morceaux de papier reçus durant le jeu. Ils reconstituent ainsi la carte du navire, pour trouver le trésor, matérialisé sous la forme de Tolstoï, une poire en peluche, mascotte de l’expédition. Après une ruée générale sur le pont supérieur, les joueurs et les organisatrices ont la surprise de découvrir à la place de leur récompense… un bout de papier : « J’ai été kidnappé. Pour me retrouver, résolvez cette énigme : I am Flying Jack ». Immédiatement, on s’écrie : « Jack du Titanic ! L’avant du bateau ! ». Sur la proue, la peluche verte regarde l’horizon, les bras tendus vers la mer. Le nom des kidnappeurs ? L’enquête est encore en cours.

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