Jour 5 : Neptune nous baptise

Par Anouk.

Réveil dans l’excitation générale. Aujourd’hui est une journée spéciale : on passe le cercle polaire arctique, ce qui fait officiellement de nous des poliarnikis (explorateurs polaires). A grande occasion grands moyens, une cérémonie aura lieu pour célébrer cette étape. Alors que nous nous faisons tirer le portrait pour l’organigramme du bateau, Sacha et Melissa sont convoquées par le Capitaine. Nous les retrouvons à la salle commune, en train de fabriquer une couronne en papier pour remplir leur rôle de… sirènes ! Arinze a été consacré pirate pour l’occasion.
Un bruit alimente notre état électrique. Les haut-parleurs annoncent : « Dear foreign guests, there are belugas in front of us! » Ruée générale sur le pont supérieur, où on aperçoit des têtes blanches qui émergent puis replongent. Les jumelles passent de mains en mains. Notre observation est coupée court par une nouvelle annonce : tout le monde sur le Deck 3 ! Le Capitaine nous y attend, vêtu d’une marinière et d’un chapeau avec les mêmes rayures. Il trône sur une chaise, un trident à la main et les pieds dans une bassine. C’est Neptuna, Dieu de la Mer, avec ses fières sirènes debout à chaque côté. La cérémonie de baptême des poliarnikis commence. Neptuna nous apostrophe d’une voix autoritaire : nous devons prouver que nous sommes dignes d’une expédition au-delà du cercle polaire en accomplissant différentes tâches. La première consiste à prêter serment : respecter l’Arctique, aider ses camarades, accepter de peler des patates et ne pas jeter de papier dans les toilettes. Nous nous époumonons après chaque phrase : « I WILL ! ».

Deuxième épreuve : une gorgée d’eau de mer pour tout le monde. Neptuna désigne une planche accrochée au bastingage et un nœud de pendu. C’est le sort réservé à ceux qui se défilent. La bouche salée et la grimace sur le visage, nous attendons de connaitre notre prochaine épreuve. Neptuna annonce la sentence : plonger la tête dans une bassine d’eau de mer. Melissa prend son rôle de sirène très à cœur, en aspergeant le crâne de ceux qui essaient de garder leurs cheveux secs. Derrière le supplicié, un démon (incarné par un Russe nommé Anatoli) ponctue cette immersion d’un petit coup de rame sur les fesses. Pour s’assurer que nous sommes vraiment mouillés, un matelot nous asperge à la lance incendie. Fin de la cérémonie, nous sommes officiellement des poliarnikis. Alors que nous nous dirigeons vers la douche, Nicolas réalise qu’il avait des lunettes sur le nez avant de plonger la tête sous l’eau, mais qu’elles n’y sont plus. La tête la première, il plonge son buste entier, y compris sa chemise, et récupère ses lunettes sous les éclats de rire du Capitaine.

La fin de la journée se déroule au rythme d’un nouveau transect de 13h. Les groupes avancent sur leur projet de recherche, et le nôtre est fréquemment interrompu par des étudiant.e.s venus demander des photos pour leur projet ou autre conseil. Lucie et moi pensons transformer notre cabine en bureau de consulting, en faisant payer nos client.e.s en fruits, denrée qui s’amenuise sur le bateau. Après le repas, nous souhaitons faire plaisir à nos amis français en chantant leur hymne national… sauf que la plupart des Français sont en plein prélèvement. C’est donc sans eux que nous entamons la Marseillaise à pleins poumons. Et filmé par les Russes, qui ne réalisent pas l’ironie de voir des Romands chanter le chant national de nos voisins.

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