Jour 6 : Des petites différences qui font un grand fossé.

C’est la première fois depuis le départ que les rythmes de chacun commencent à se décaler. Jusqu’à présent, les soirées étaient brèves et le réveil matinal. Les stations de nuit et les observations météorologiques à chaque heure font leurs premières victimes. Les soirées s’allongent inéluctablement, avec les liens qui se forment entre nous et l’absence de coucher de soleil rendant l’action d’aller se coucher de moins en moins attrayante. Les tables du petit-déjeuner sont plus clairsemées, la course pour les tartines et la charcuterie moins frénétique. Bref, on observe de vraie différences dans l’ambiance à bord.

La première lecture de la journée voit la salle de cours (qui est aussi le bar) ressembler au paysage qui l’entoure. C’est à dire déserte et comptant très peu de signes de vie. Pour une fois, tous les étudiants assez consciencieux pour être présents pourront s’asseoir à leur aise.

Au déjeuner, le sujet des places à tables est à nouveau d’actualité. Il nous a été suggéré lors de la première journée de conserver les places que nous aurions choisies lors du premier repas, pour faciliter les choses. La grande majorité d’entre nous n’a absolument pas tenu compte de la remarque. Quitte à passer 3 semaines enfermés dans une boite en métal de 70 mètres sur 20, autant changer de vis-à-vis pour varier les plaisirs.

A propos des petites différences.

Différences Igor

Les russes semblent quant à eux préférer la sécurité d’une routine bien huilée et sont globalement toujours à la même place. Cette différence entre les deux cultures soulève de notre côté quelques interrogations : Que pensent-ils de nous ? Est-ce malpoli de ne pas s’adapter ? Ne se lassent-ils pas d’avoir la même tablée à tous les repas ?

Cette anecdote est sans doute absolument sans intérêt pour toi, ô lecteur assidu de notre périple. Cependant, elle souligne à mon avis deux choses importantes (qui n’engagent que moi, auteur anonyme de cette entrée dans le journal de bord) :

– Les différences culturelles, même les plus bégnines, se font rapidement remarquer. L’addition de ses petites différences peut créer un véritable fossé entre deux individus qui partagent pourtant les mêmes intérêts. La propension à ne pas sourire, le manque de délicatesse qui passe pour une forme de rudesse ou des comportement audacieux qui frisent, pour nous, l’impolitesse sont autant de différences qui semblent bénignes. Répétées plusieurs fois par jour pendant une semaine, elles soulignent une distinction réelle et nette. Ces distinction s’estompent lors des lectures et des leçons. Les débats techniques sur des sujets savants créent un pont de culture indubitable entre scientifiques.

– Les plus petites distractions deviennent rapidement des grands amusements lorsque les divertissements sont limités. Prenons la salle de sport par exemple. Elle n’a de salle que le nom et de sport que les 3 haltères qui pourrissent dans un coin, et pourtant ! Depuis les 5 jours que nous sommes à bord, elle a déjà reçu plus de visites que ce qu’elle n’aurait mérité en 15 ans si elle avait été située à terre. Il en va de même pour LE jeu de carte, dont l’heureuse propriétaire est sollicitée à maintes reprises tout au long de la journée.

Cette analyse n’a d’autre intérêt que d’essayer, lecteur attentif, de te faire partager notre état d’esprit après 5 jours. Ne nous égarons pas pour autant et revenons à notre journée.

Dans une baie de Nova-Zemlya.

L’après-midi a été relativement calme pour toutes les équipes. Etant en avance sur notre itinéraire et le capitaine a décidé de nous approcher de la Nouvelle-Zemble. Vers 20h, nous pénétrons dans une large baie. Après 4 jours sans voir de terre, une certaine excitation parcours l’expédition. Nous ne descendrons pas mais tout de même, cette terre à quelques encablures a quelque chose de réconfortant.

Le paysage qui s’offre à nous vaut une description, que je tenterais de garder brève (mais si tu es toujours là ami lecteur, tu connais ma difficulté à être succinct).
Nous apercevons autour de nous une flopée de petits icebergs. Les grands font peut-être un mètre de haut et quatre de larges. Le bleu de la glace qui dérive tout autour de nous donne un aspect surréaliste, féérique à la baie. En face de nous se trouve un petit glacier d’où proviennent les icebergs tombés à l’eau. Son blanc tranchant contraste avec la terre et la roche qui l’entourent.

Les falaises environnantes sont couvertes d’oiseaux qui y ont élu domicile. Ces colonies sont impressionnantes à regarder mais surtout à entendre. Le bruit de plusieurs centaines d’oiseau qui piaillent est assourdissant. Les ornithologues à bord sont rivés à leurs appareils photos.

Oiseaux NZ différences

Plus loin au second plan se dressent d’autres petits sommets recouverts de neige. A bâbord, on aperçoit une ancienne station météo et les baraquements qui l’entourent. Aux jumelles on peut distinguer des anciennes citernes et une centaine de futs complètement rouillés posés à même le sol.
Nous restons ainsi plusieurs dizaines de minutes à observer ce tableau à l’arrangement particulier.

Cap sur François Joseph et la terre Alexandra.

Le bateau finit par faire demi-tour et se dirige vers le large. Nous contournons à tribord les dernières acres de terre de l’ile nord de Novaya Zemlya. Progressivement, nous laissons derrière nous l’archipel tristement célèbre pour les essais nucléaires qu’il a accueilli durant l’ère soviétique et traçons au nord.

Notre prochaine halte sera sur la Terre Alexandra dans l’archipel Francois-Jospeph. D’ici là commence un marathon de relevés scientifiques qui durera 30 heures. Durant toute la nuit, les experts à bord se relayerons pour effectuer plus d’une dizaine de stations entre les deux archipels.

Quant à moi, je vous abandonne pour procéder à des relevés météorologiques. Il est 3h12 du matin et la luminosité ressemble à celle d’un midi un peu couvert autour du lac Léman.

Fin de la sixième journée.

 

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