Mercredi 21 août

Par Estelle.
[English version below]

Nous sommes à la moitié du séjour, dans la seconde moitié du mois d’août. En Sibérie, c’est un cap à passer, car l’automne peut arriver brusquement. Au camp du Chtchoutchii, la température a fortement baissé ces derniers jours. La chasse aux moustiques fait place à une sensation d’humidité, désagréable et prégnante. Nous sommes tous plus ou moins enrhumés, fatigués. La coupure de deux jours prévue à Nadym va nous faire du bien.
Ce matin, donc, c’est l’exode. Pour ce deuxième séjour, Nadym nous paraît une ville paradisiaque. Oubliées, les façades austères de l’ère soviétique, nous apprécions un vrai lit et une douche bien chaude. En incorrigibles citadins, nous courrons au supermarché, pour acheter le matériel de survie nécessaire aux prochains jours dans la toundra, annoncés avec des températures de 6 à 3°. Autant dire, l’âge glaciaire !
Pas le temps de se poser, l’emploi du temps est chargé. Au pas de course, nous faisons un tour de la ville en compagnie de Rita, la jolie interprète qui nous a accueillis le premier jour.

Direction le monument dont les habitants sont le plus fiers : à quelques pas du siège de l’administration (l’équivalent de l’hôtel de ville), une impressionnante statue en fonte célèbre « Sacha et Macha », les fondateurs de la ville, en 1972. Un couple symbolique, typique de l’art soviétique, défendant les valeurs du travail et de la persévérance. De la jeunesse et de l’audace, aussi, de la part de ce peuple de pionniers, qui a construit une ville à la force de ses bras, à partir de rien, sous un climat particulièrement rude.
Tout près de là, nous visitons le Musée d’histoire et d’archéologie. A l’intérieur, de nombreuses photographies en noir et blanc, datant des années 1970, exaltent le courage des constructeurs du froid : ingénieurs, géographes, architectes, tous logés, avec leur famille, dans des conditions extrêmement précaires. Pendant des années, ils vivent dans d’anciens wagons de chemin de fer, où tout est improvisé : il faut faire fondre de la neige pour obtenir de l’eau, fabriquer des sommiers à partir de barre de fer soudées, faire sécher les pommes de terre en copeaux afin de les conserver.
Au mur, une photographie aérienne montre la naissance de la ville : construite sur le site d’un ancien camp du Goulag, les derniers baraquements en bois vont bientôt disparaître, pour faire place aux premiers HLM en béton.
Un peu plus loin, d’autres photos ressuscitent l’époque soviétique : un groupe d’hommes arbore fièrement leurs chapkas et le drapeau du parti ; des ouvrières coiffées de fichus et aux vestes couvertes de poussière ; une petite fille en robe de bal recevant son prix de fin d’année à l’école…
Nous visitons ensuite le Musée de la nature, un bâtiment insolite qui rassemble, d’une pièce à l’autre, les coutumes du peuple Nenets, la faune et la flore de la toundra, et même une partie zoologique, avec de petits animaux vivants, dont un raton-laveur, effrayé par notre passage.
Nous retrouvons avec grand plaisir Vadim, qui nous fait découvrir une pièce consacrée au camp du Chtchoutchii. Là sont réunis tous les objets trouvés sur le site : une porte de prison en bois, étroite et épaisse, avec ses verrous de fonte et son petit volet central, une fenêtre avec des barreaux de fer. Des objets du quotidien : une tasse et une boîte de conserve rouillés, une théière, un petit carnet, des fragments de lettres déchirées. Des outils aussi : une pelle à moitié rongée, une bobine de barbelés, une lampe extérieure éclairant les allées du camp. Etrange impression devant ces vestiges qui semblent étouffer, entassés les uns sur les autres, alors que les baraquements du camp nous ont parus si vides…
A la sortie, Vadim nous laisse entre de bonnes mains : deux hôtesses, vêtues des vêtements folkloriques Nenets, nous invite à prendre le thé dans la tchoume, la tente ronde traditionnelle où vit ce peuple nomade. Chaque place est ritualisée : ici s’assoit le chef de famille, là les grands-parents, là les invités. Après le thé, une séance photo est improvisée dans le jardin, sous l’arbre des Souhaits, où, selon la tradition Nenet, chacun a noué un petit morceau de tissu en faisant un vœu. Dans un fou rire, les étudiants russes et suisses s’amusent à créer une nouvelle peuplade, fraternelle et éphémère.

As we are about to reach the second of the expedition, we also start to feel the cooler air of the end of August. In Siberia, it is a breaking point, as fall and winter can storm in a hurry. At Shtshuchii’s camp, the temperature massively dropped down these last few days. The hunting of mosquitos is slowly being abandoned as the unpleasant sensation of humidity. We are all getting sick, and our tired faces never seem to wash off. The two-day break in Nadym to come is going to be good for all of us.
So this morning begins our exodus. After our quick passage in Nadym in the first days, we finally get to discover the city. Nadym looks heavenly. Forgotten, the austere soviet front, we relish ourselves in a real and warm bed and under a hot shower. Like the irredeemable urban beings that we are, we jump straight up in a supermarket to buy some survival kits, mandatory deed for the next few days, back in the tundra. Next days’ forecast: between 6° and 3°. We might as well call it the ice Age!

No time to rest, the schedule in town is a busy one. At full speed, we visit the city with Rita, the pretty interpret who welcomed us on the first day in Nadym. We are headed to the building local inhabitants are the most proud of: a few steps away from the head of the administration (the city hall), is a cast statue celebrating “Sacha and Macha”, the city’s founders, back in 1972. A symbolic couple, typical of the soviet art, illustrating the values of work and perseverance. Youth and audacity too from this pioneer people, who built a city from the strength of their arms, from nothing, under a particularly harsh climate.

Not far from there, we visit the Museum of History and Archaeology. Inside, many black and white pictures, taken in the 70s, transpire the bravery of the cold’s workers: engineers, geographers, architects, all placed with their families in extremely precarious conditions. For years, they lived in wagons of the old railroad, where everything was improvised: melting the snow to have some water, make beds from welded iron rod, dry small potato pieces in order to conserve them.

On the wall, an aerial picture shows the birth of the city: built on the site of a previous Gulag, the last wooden barracks are about to disappear, to let in the first concrete low-cost housing.
Further along, other photos revive the soviet era: a group of men proudly wear their chapkas and the party’s flag; women workers dressing their hair and wearing coats covered with dust; a little girl in a ball gown, receiving a prize for the end of the school year…
We then visit the Museum of Nature, a peculiar building that brings together, form one room to the other, the Nenets’ people mores, the tundra’s fauna and flora, and even a zoological exposition with live animals, one of which was a raccoon, frightened by our presence.
We gladly reunite with Vadim, who shows us a room dedicated to Shtshutchii’s camp. There, many objects have been brought back from the site: a wooden prison door, narrow and thick, with its cast iron latches and small central flap, a window with its iron bars. Daily life testimonies: a cup and a rusted can, a teapot, a small notepad, pieces of a torn up letter. Work instruments too: a half-rusted shovel, a barbed wire coil, a lamp to light up the camp’s alleys. Strange impression in front of these vestige which look like they are suffocating, piled up one over the other, while the camp’s barracks looked so empty to us.
On our way out, Vadim leaves us in good hands: two hostesses, dressed in folkloric Nenets clothes, invite us to have some tea in the tchoume, the traditional round tent in which this nomadic people lives. Each place takes part in a ritual: Here sits the family’s chief, there the grandparents, and over there the guests. After having enjoyed the hot beverage, a photo-shoot is improvised in the garden behind the tchoume, under the Tree of Wishes. Following the Nenets tradition, everyone laced a small piece of textile while making a wish. Suddenly, bursts of laughter emanate from both Russian and Swiss students, who started to dress up Nenets-style to create a new fraternal and ephemeral tribe.

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