Moustiques et moucherons

Par Céline.
[English version below]

Si nous pensions avoir été chaleureusement accueillis par Nadym, nous n’aurions jamais imaginé que Chtchoutchii nous attendrait impatiemment à chaque réveil, à chaque sortie de tente, à chaque retour d’excursion. Mais qui exactement se tenait de pied ferme autour du feu et nous accompagnait à chaque déplacement dans le camp ? Pas notre cher ranger, Kolia, ni même notre chef de camp si attentionné, Kostia, mais des petits êtres volants et bourdonnants. Vous l’aurez deviné, nous sommes devenus très proches de la faune sibérienne, et particulièrement de ses moustiques et de ses moucherons. Nous avions été prévenus, et pourtant chaque jour la discussion dévie inévitablement sur ce nuage tenace et invasif qui s’est intégré de façon constante à notre champ de vision. Une remarque après l’autre, nous nous rendons compte que tout le monde au camp a été la proie de ces petites bêtes à plusieurs reprises. La discussion matinale tourne autour des nouvelles victimes que nous repérons facilement grâce aux réactions impressionnantes qui se développent sur nos pauvres chevilles, jambes, mains, bras, cous, oreilles et fronts.

C’est une véritable routine qui s’instaure. Chacun commente la présence plus ou moins soutenue des moustiques, s’en protège tant bien que mal, s’inspecte et s’applique divers baumes apaisants. Le rituel devient le même pour tous, plus personne ne sort de sa tente sans son chapeau moustiquaire, une nuée ramenant immédiatement à l’ordre tout dissident. Une fois dehors, nous nous précipitons sur le spray russe que nous avons fini par adopter malgré son odeur particulièrement toxique. Nous nous demandons ce que peut bien contenir ce spray que nous appliquons à longueur de journée, sur nous, sur tous. Que respire-t-on ? Les ingrédients inscrits en russe au dos de la bouteille demeurent mystérieux pour l’équipe francophone, mais les russes aussi s’aspergent volontiers de cette solution miracle, nous décidons donc de faire avec. Une fois le visage protégé, les manches longues étirées, les chaussettes relevées, et le moindre bout de peau exposé, imbibé de cette huile anti-insecte, nous sommes parés ! Tous ces mouvements devenus habitudes font sourire Kostia, qui nous observe amusé, et attirent les regards en coin, un peu moqueurs, des étudiantes russes. Mais nous sommes prêts à devenir la risée de toute la Russie, du moment que nous ne nous faisons pas piquer. Pour le côté russe, et d’après les conseils du maire de Nadym venu nous accueillir le premier jour, il suffit d’un pschitt dernière les oreilles et sur les poignets et le tour est joué ! La nature peut s’acharner, ils ne s’en soucient guère. En d’autres termes, Let it be. Nous partageons tout de même certaines mimiques entre tous au camp. Que l’on soit russe, suisse, étudiants ou vétéran de la Toundra sibérienne, nous imitons l’essuie-glace avec nos avant bras. Au moindre bruissement d’ailes, comme un murmure qui nous surprendrait, nos mains battent l’air autour de nos têtes. Et si l’un de ces terribles insectes ose se poser plus d’une seconde sur nous, c’est la claque. Cette civilité s’étend bien entendu à nos voisins. Ensemble, nous ne nous laisserons pas dévorer sans riposter.

Et alors que nous nous félicitons de résister, et même de nous être adaptés à ces petites bestioles, on nous informe que nous sommes en basse saison. Vadim sort son ordinateur et ses photos pour le prouver ; en juillet, il était couvert de moustiques et sur son doigt ils sont déjà six à se partager leur dîner. Nous comprenons très bien le fond de sa pensée, « revenez seulement en juillet, là vous comprendrez ». C’est noté, les francophones se plaignent un peu facilement. Nous devrons encore faire quelques efforts pour nous faire adopter par la Toundra, mais déjà notre attitude commence à changer. Les démangeaisons passeront, il faut penser à autre chose, passer à autre chose.

Mais il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que la Sibérie ne teste à nouveau nos limites. Après les moustiques, les moucherons. Après les petits boutons, les plaques et les gonflements. Les moucherons ne piquent pas, ils arrachent la peau de leurs proies. C’est pourquoi les effets sont plus impressionnants. L’infection est presque garantie, les russes le savent et redoutent aussi ces énergumènes. Et avec les victimes qui s’enchainent, nous pourrons bientôt monter le portrait de « l’abominable créature de Chtchoutchii », prenant les différentes parties du corps difformes du groupe. D’abord, ce fût Samuel. Le pauvre valaisan avait d’ores et déjà été baptisé dès les premières minutes dans le camp. Un moustique avait défiguré sa lèvre en quelques secondes, provocant un fou rire général chez les francophones. Il faut dire qu’après trois vols, une nuit blanche et la pluie pour nous accueillir sur le camp, ce petit incident nous a fait du bien. Pour Sam aussi qui, malgré les traits tirés par la fatigue, conservait cette lueur rieuse dans les pupilles. Pas étonnant donc qu’il soit à nouveau la victime des petites bêtes volantes. Mais cette fois, ce sont ses mains qui en subissent les effets. Les vicieux moucherons se sont rassasiés et Sam s’est retrouvé avec deux moufles où l’on aurait dû voir des mains. Pas idéal pour celui qui doit encore carotter des arbres et enfiler des gants de travail plutôt serrés. Les deux prochains jours seront compliqués pour notre valaisan. Puis c’est au tour de Marina. Plus précisément, l’œil de Marina. C’est au matin qu’elle s’en rend compte, elle a de la peine à mouvoir son visage, il y a quelque chose qui cloche. Sous son œil, la peau est tendue et rouge. Même chose pour Estelle. L’oeil est décidément une cible privilégiée des moucherons sibériens. Il faut vite nettoyer la peau pour calmer la réaction et accélérer la guérison. Tout le monde est aux petits soins avec les estropiés, et chacun se protège d’autant mieux durant les jours qui suivent. L’odeur chimique du fameux spray russe emplit désormais nos poumons à longueur de journée et les relents sont réguliers. On sort même de l’encens pour les tentes de travail et la cuisine. La résistance s’organise et la lutte reprend. Vient alors le tour d’Eric. Sur l’oreille. A nouveau, c’est le gonflement et la rougeur. Mais les plaintes décroissent, on sait désormais que la peau se remet après deux jours difficiles. Eric prend sur lui, chaque victime qui suivra tentera de faire de même. Tel le mentor qu’il est devenu pour l’ensemble du groupe, il nous apprend la nature de ces réactions, nous explique que ce sont bien des morsures de moucherons, nous fournit tous les conseils pour leur traitement, et soigne même les grands blessés que nous sommes. Armé de Bétadine, Eric veille sur son troupeau de curieux aventuriers.

Nous avons néanmoins découvert une arme secrète contre les insectes. Le feu. Alors que la nuit tombe, nous avons pris l’habitude de nous rassembler autour du grand foyer central. D’une part, pour lutter contre le glaçant air du Nord, d’autre part pour pouvoir finalement retirer nos chapeaux. Nous voyons enfin clair ! Plus de filet noir devant les yeux, les cheveux au vent, au chaud près de la douce lueur des braises, ce sont dans ces petites choses que nous goûtons au bonheur chaque soir.

Et alors que nous nous faisons à la présence de ces bestioles, alors que nous apprenons chaque jour un peu plus à vivre la Toundra à la russe, le vent se lève, la nuit se couche plus tôt, la pluie va et vient et le fond de l’air se refroidit. L’hiver se prépare doucement et l’armée de moustiques et de moucherons est progressivement décimée. Pas le temps de fêter notre victoire et la fin de la guerre, il faut maintenant affronter un nouvel ennemi, le froid. Nous sortons toutes les couches d’habits disponibles, qu’importe l’odeur du feu qui désormais nous suit, nous devons nous couvrir. Sous-pull, pull, polaire, veste, coupe-vent, et parfois pèlerine, nous nous transformons peu à peu en bonshommes Michelin. Mais ce sont les nuits qui sont particulièrement cruelles. Le sol s’est refroidi sous nos tentes et nos simples sacs de couchage et sacs à viande ne suffisent plus. Les plus chanceux d’entre nous se seront procurés l’un des sacs de couchage russes, particulièrement épais et résistant à des températures très basses. Ouverts, ils deviennent des couvertures pour une ou deux personnes sous la tente. Chacun sa technique, sous son sac de couchage pour bloquer un peu mieux le froid qui émane du sol, ou au-dessus de soi pour freiner le gèle de l’air sibérien. Une fois encore, la résistance s’organise, les stratégies sont partagées autour du repas, sous la grande tente du camp. Cette nouvelle guerre promet un adversaire de taille. Cette fois encore, le feu sera notre meilleur allié. Chacun corrige son parcours d’une tente à l’autre, et du terrain au labo, pour passer au plus près du feu, désormais entretenu toute la journée et toute la nuit. Une, deux, trois minutes près des braises, le temps s’arrête quelques instants, juste assez pour se revigorer et partir de plus belle dans les vents glaciaux.

« Alors ces moustiques, pas trop dur ? », nous demandera-t-on à notre retour. Non, ce sont les moucherons qui nous ont dévorés. « Tous ? » Non. Deux rescapées. La fameuse équipe com, Lou et moi-même, avons nargué le reste du groupe tout au long de ces semaines au camp. Pas piquées une seule fois par les moustiques, ni par les moucherons. Et pour mieux provoquer nos chers scientifiques, nous l’expliquons avec l’homéopathie. L’ironie les fait fumer de rage, « l’homéopathie, ça ne marche pas », « ça va finir par vous arriver », « c’est n’importe quoi ». Et pendant qu’ils désespèrent d’observer le pouvoir de l’homéopathie à l’œuvre, nous sourions, sans aucune démangeaison. Si personne ne nous croit, peu nous importe, nous savons que nous sortirons de la Toundra sans avoir nourri la faune locale. Eric finit tout de même par vouloir tester notre résistance aux insectes voraces et propose de comparer les piqûres entre une « immunisée » et un « sujet normal». Mais l’idée de devoir mettre à nu une partie de notre corps, sans aucune protection, en proie à la Toundra, pour vérifier la théorie ne convainc aucun des deux camps. Peut-être une expérience à mener l’année prochaine… Des volontaires ?

Quoi qu’il en soit, après trois semaines de lutte acharnée contre ces satanées bestioles et contre le froid de la Toundra, nous sommes tous prêts à revenir l’année prochaine, dans trois ans, dans dix ans. La Russie nous a montré son véritable visage et nous commençons seulement à saisir son âme généreuse, chaleureuse, mais terriblement pudique. Nos « chez nous » nous rappellent, nos lits et nos couettes ont suffisamment patienté, mais le Chtchoutchii nous manque déjà alors qu’il n’est qu’à 42 kilomètres de nous pour un jour encore. La route cabossée qui nous a fait toucher du crâne le toit des voitures et des bus, l’escalier de fortune construit spécialement pour notre convoi, la banya chérie qui a réchauffé nos membres et nos esprits fatigués par le froid, l’allée comme témoin de nos constantes aventures, les tentes qui ont entendu nos éclats de rire et suivi toutes nos parties de Citadelles, de Uno, de Durak et de Coiffeur, la cuisine dont les bouilloires n’ont cessé de naviguer de tente en tente et dont les briquets ne finissaient pas de disparaître, les labos qui ont cédé aux intempéries, les vestiges du Goulag, d’abord inquiétants puis toujours plus intéressants au fur et à mesure que nous déterrions leurs secrets, les toilettes qui, une fois la nuit tombée, devenaient des hauts lieux d’imagination où se mêlaient rodeurs et ours, nos tentes qui, elles, ont résisté aux intempéries et dont le sol a parfois été remanié par des équipes de choc et leurs coups de pelles pour offrir aux aventuriers des nuits plus douces, et bien sûr le feu, dont la tendre danse des flammes nous a bercé et dont la chaleur aura toujours su nous réconforter. Et si la Toundra décidait d’engloutir le camp, comme le pont que nous y avons construit pour accéder à l’aérodrome ? Et si le temps, la pluie, le froid, ou les badauds effaçaient peu à peu la mémoire de Chtchoutchii ? Que restera-t-il du camp dans cent ans, dans vingt ans, dans cinq ans ? Je l’ignore. Et que faire alors de ce pan du passé ? Doit-on le restaurer, construire un mémorial, abandonner ces vestiges aux mains de la Toundra ? Comme tous au camp, russes ou francophones, campeurs ou visiteurs, j’ai bien quelques idées, mais vous, que feriez vous ? Et alors que cette question alimentera de longues réflexions, une chose est certaine : s’il y a bien un élément à Chtchoutchii que les futurs visiteurs trouveront encore dans cent ans, ce sont les moustiques et les moucherons.

If we thought we had been warmly welcomed by Nadym, we would never have imagined that Shtshuchii would be waiting for us impatiently at each awakening, at each tent exit, at each return to the camp. But who exactly stood firm around the fire and accompanied us on every trip to the camp? Not our dear ranger, Kolia, nor even our very caring camp leader, Kostia, but small flying and buzzing beings. As you may have guessed, we have become very close to the Siberian fauna, especially to its voracious mosquitoes and gnats. We had been warned, and yet every day the discussion inevitably deviates on that persistent and invasive cloud that has steadily become part of our field of vision. One sentence after the other, we realize that everyone at the camp has been the victim of these little beasts many times. The morning conversation revolves around the new victims that we easily spot thanks to the impressive reactions that develop on our poor ankles, legs, hands, arms, necks, ears and foreheads.

It is a real routine that is being established. Everyone comments on the more or less sustained presence of mosquitoes, protects themselves as best they can, inspects themselves and applies various soothing balms. The ritual becomes the same for everyone, no one leaves his tent without his mosquito hat, a cloud immediately bringing to order any dissident. Once outside, we rush to the Russian spray that we ended up adopting despite its particularly toxic smell. We wonder what it could contain and what we are applying all day long, on us, on all. What are we breathing? The ingredients written in Russian on the back of the bottle remain mysterious for the French-speaking team, but the Russians are also splashing on this miracle solution, so we decide to do so. Once the face is protected, the long sleeves stretched, the socks raised, and the slightest bit of exposed skin soaked in this anti-insect oil, we are ready! All these movements that have become habits make Kostia smile, he observes us, quite amused, and attract the glances, a bit mocking, of the Russian students. But we are ready to become the laughingstock of all Russia, as long as we do not get bitten. On the Russian side, and according to the advice of the Mayor of Nadym who came to welcome us on the first day, just a last pschitt behind the ears and on the wrists and voila! Nature can do its thing, they do not care. In other words, Let it be. We still share some mimicry among all the camp. Whether Russian, Swiss, student or veteran of the Siberian Tundra, we imitate the wiper with our forearms. At the slightest rustle of wings, like a whisper that would surprise us, our hands beat the air around our heads. And if one of these terrible insects dares to rest for more than a second on us, there goes the slap. This civility extends, of course, to our neighbours. Together we will not be devoured without retaliating.

And while we start to resist, and even adapt to these small critters, we are informed that we are in the low season. Vadim takes out his computer and shows us his photos to prove it; in July, he was covered with mosquitoes and on his finger already six mosquitoes share their dinner. We understand very well the bottom of his thought, “come back in July, then you will understand”. We take note, the Francophones complain a little easily. We still have to make some efforts to get adopted by the Tundra, but already our attitude is beginning to change. The itching will pass, we must think of something else and move on.

But it will not have been long before Siberia tests our limits again. After the mosquitoes, the midges. After small pimples, red skin and swellings. The gnats do not sting; they tear the skin of their prey. That’s why the effects are more impressive. The infection is almost guaranteed, the Russians know it and also fear these vicious beasts. And with the ensuing victims, we will soon be able to mount the portrait of “Shtshuchii’s abominable creature”, taking the different deformed parts of the group’s bodies. First, it was Samuel. The poor Valaisan had already been baptized during the first minutes in the camp. A mosquito had disfigured his lip in a few seconds, provoking a general laugh in the Francophones. It Is true that after three flights, a sleepless night and rain to welcome us on the camp, this small incident did us some good. For Sam too, who, despite his face drawn by fatigue, kept this amused spark in the back of his eyes. No wonder he is once again the victim of the small flying animals. But this time, it is his hands that suffer the effects. The tireless midges were satiated and Sam ended up with two mittens where we should have seen hands. Not ideal for the one who still has to carve trees and put on rather tight work gloves. The next two days will be complicated for our valaisan. Then it’s Marina’s turn. More specifically, Marina’s eye. It is in the morning that she realizes it, she has trouble moving her face, there is something wrong. Under her eye, the skin is taut and red. It must be cleaned quickly to calm the reaction and accelerate the healing process. Everyone is very caring and protects all the better during the days that follow. The chemical smell of the famous Russian spray now fills our lungs all day long and the reek flows at a regular pace. Even incense is brought out in the work tents and the kitchen. The resistance is organized and the fight resumes. Then comes Eric’s turn. On the ear. Again, it’s swelling and redness. But the complaints are decreasing, we now know that the skin is recovering after two hard days. Eric takes it upon, every victim who follows will try to do the same. Like the mentor he has become for the entire group, he teaches us the nature of these reactions, explains that they are bites of midges, provides us with all the advice for their treatment, and even cares for the wounded that we are. Armed with Betadine, Eric watches over his flock of curious adventurers.

We have nevertheless discovered a secret weapon against insects. Fire. As the night falls, we start to gathering around the big central fireplace. On the one hand, to fight against the cold air of the North, on the other hand to finally remove our hats. Everything becomes clear again! No more black net in front of our eyes, hair in the wind, warm near the soft glow of embers, it is in these little things that we get a taste of happiness every night.

And while we are in the presence of these bugs, as we learn a little more every day to live the Tundra the Russian way, the wind rises, the night creeps up earlier, the rain comes and goes and the air is getting cooler. Winter is coming and the army of mosquitoes and midges is gradually being decimated. No time to celebrate our victory and the end of the war, we must now face a new enemy, the cold. We take out all the layers of clothes available, too bad for the smell of fire that now follows us everywhere, we must cover ourselves. Under-layers, sweater, fleece, jacket, windbreaker, and sometimes mantle, we are gradually turning into Michelin men. But it is the night that is particularly cruel. The ground has cooled under our tents and our simple sleeping bags and meat bags are no longer enough. The luckiest of us will have gotten one of the Russian sleeping bags, especially thick and resistant to very low temperatures. Open, they become blankets for one or two people in tents. To each their technique, under the sleeping bag to block a little better the cold that emanates from the ground, or over it to stop the freezing of the Siberian air. Once again, the resistance is getting organised, the strategies are shared around a meal, under the big tent of the camp. This new war promises a big opponent. This time again, fire will be our best ally. Everyone corrects their journey from one tent to another, from the field to the lab, to get closer to the fire, now maintained all day and all night. One, two, three minutes near the embers, time stops a few moments, just enough to invigorate ourselves and leave more vigorous, back to the icy winds.

“So these mosquitoes, not too hard? We will be asked on our return. No, it’s the gnats that devoured us. “All of you? ” No. Two survivors. The famous communication team, Lou and I, taunted the rest of the group throughout these weeks at the camp. Not stung once by mosquitoes or midges. And to better provoke our dear scientists, we explain it with homeopathy. The irony makes them enraged, “homeopathy does not work,” “it’ll end up happening to you”, “just wait and see”. And while they despair of seeing the power of homeopathy at work, we smile without any itch. If no one believes us, we do not care; we know we will get out of the Tundra without having fed the local wildlife. Eric still wants to test our resistance to voracious insects, and proposes to compare the bites between an “immune” and a “normal subject”. But the idea of having to strip some unprotected part of our bodies at the mercy of the Tundra, simply to verify the theory does not convince either side. Maybe an experiment to lead next year … Any volunteers?

Be that as it may, after three weeks of fierce fighting against these pesky creatures and against the cold of the Tundra, we are all ready to return next year, in three years, in ten years. Russia has revealed its true face and we are only beginning to grasp its generous, warm, and terribly modest soul. Our “home” calls for us, our beds and our quilts have waited enough, but we miss Shtshuchii already even though it is only 42 kilometers from us for another day. The dented road that made our skulls touch the roof of cars and buses, the makeshift staircase built especially for our convoy, the beloved banya that warmed our limbs and our minds, tired by the cold, the central alley as a witness to our constant adventures, the tents that have heard our bursts of laughter and followed all our games of Citadelles, Uno, Durak and Coiffeur, the kitchen whose kettles never ceased to sail from tent to tent and whose lighters always disappeared, the lab that gave in to the weather, the remains of the Gulag, first of all disturbing then ever more interesting as we unearthed their secrets, the toilets which, once night fell, became places of great imagination where mingled rods and bears met, our tents which never failed to be weather-resistant and whose floor has sometimes been reworked by impressive teams and their shovels to offer the adventurers sweeter nights, and of course the fire, whose tender flames rocked us and whose heat knew how to comfort us at any time of the day and the night. What if the Tundra decided to swallow up the camp, like the bridge we built to get to the airfield? And if the weather, the rain, the cold, or the onlookers, gradually damaged Shtshuchii’s memory? What will remain of the camp in a hundred years, in twenty years, in five years? I do not know. And what to do with this part of the past? Should we restore it, build a memorial, abandon these remains in the hands of the Tundra? As everyone in the camp, Russian or French speaking, campers or visitors, I have a few ideas, but what about you, what would you do? And while this question will feed lengthy reflections, one thing is for sure: if there were only one thing in Shtshuchii that future visitors would find in another hundred years, it is mosquitoes and midges.

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