Premiers 4 jours à Samoylov

La première journée sur l’île a principalement été consacrée à dormir jusqu’à 16h pour des raisons déjà mentionnées, à visiter la station et à faire un tour des environs proches pour y découvrir des paysages nouveaux, et rencontrer quelques personnes séjournant aussi sur la station. Notre travail de terrain commence le second jour, avec le montage des stations SensorScope. Ce sont des stations météos, trois au total, qui rassemblent autour d’un pieu central divers instruments de mesures.

Ces instruments, nous les avions installés et testés sur une petite parcelle d’herbe devant un bâtiment de l’EPFL, un après-midi d’été, tout s’était passé pour le mieux. Nous avons eu quelques surprises lors de leur installation sur Samoylov. Le premier est apparu lorsque nous avons voulu planter les sardines dans le sol pour tendre les câbles : le permafrost et sa couche active ne sont pas autant dociles que nous l’avions imaginé. Il fallait choisir entre les planter dans de la mousse mouillée et de la terre congelée. Pour ne pas arranger les choses, planter des sardines en métal dans le pergélisol peut le faire fondre légèrement, ce qui le rend instable et nous force à améliorer notre technique de plantage.  Certains instruments, qui ont probablement souffert lors du trajet, ont aussi dû être réparés, le tout par grand vent et moins de 5°C. Les deux premiers jours ont donc été consacrés à installer ces instruments et reprendre du poil de la bête, malgré quelques problèmes de digestion des mets locaux…

Les stations météo SensorScope

 Les instruments de mesures, fonctionnant à l’énergie solaire, sont les suivants : Un anémomètre pour mesurer le vent horizontal, un senseur de radiation solaire, un capteur de température et humidité, un thermomètre infrarouge pour la température du sol, un pluviomètre et un capteur de température pour le sous-sol. Tous ces instruments permettent, entre autres, de faire des bilans d’énergie au niveau du sol, donnent des informations nécessaires pour des modélisations du permafrost et permettent de faire des comparaisons spatiales et temporelles entre les stations.

Installation des stations météo SensorScope

Le pluviomètre Parsivel attendant patiemment la pluie

Les stations dans le paysage

Coupe du sol

Le pergélisol

Le pergélisol, ou permafrost en anglais, est par définition un sol qui reste gelé pendant au moins 2 ans. Cependant, il est possible qu’une couche supérieure dégèle et regèle selon les saisons, nommée couche active. Le pergélisol est composé de glace, mais aussi de matière organique et minérale. Il est présent aux hautes latitudes et dans les Alpes, où il est étudié par le SLF. Il représente environ 25 % des terres émergées dans l’hémisphère Nord, et c’est le plus gros réservoir de carbone continental de la planète. Sa formation, sa persistance ou sa disparition sont fortement liées aux changements du climat, raison pour laquelle il est tant étudié. Sur la photo " coupe du sol" au dessus, nous pouvons voir une cube de terre à droite. C'est la partie dégelée, la couche active, qui regèle l'hiver venu. Au fond du trou, le sol est complètement gelé.

Sur la station, la tradition veut qu’il y ait ваня, ou bania, le mercredi et le samedi soir. La bania, c’est plus qu’un simple sauna, c’est une expérience. Après 2 jours à côtoyer les scientifiques et responsables de la station de loin, on se retrouve assis sur le même banc vêtu de notre plus simple appareil par plus de 100°C . Cette bania tout en bois, construite le millénaire passé, se situe à côté d’un petit lac accessible par un petit ponton en bois qui permet de se rafraîchir après avoir transpiré à ne plus en pouvoir. C’est le moment parfait pour se relaxer, discuter, se réchauffer du climat, et aussi pour se fouetter. En effet, la tradition russe veut que des rameaux en feuilles de chêne soient présents dans la pièce afin de se fouetter en toute fraternité.

Après la bania il y a, évidemment, l’après-bania : tout le monde a rendez-vous dans la vieille station, dont nous raconterons l’histoire une autre fois, pour manger du poisson cru, du saucisson gras, des biscuits russes et, bien sûr, pour trinquer avec des shots de vodka à la santé de la rivière Léna.

La bania de Samoylov

Le vendredi, Léa, Laura et Dimitri ont la chance de partir en expédition avec Hendrik, Maria et Lutz, des scientifiques allemands travaillant sur le cycle du carbone dans l’Arctique. Nous avons été engagés pour aller sur l’île de Kurugnakh afin de les aider à récolter des échantillons d’eau dans deux lacs et trois rivières et à les porter jusqu’aux rives. Les jours d’avant ont été plutôt frais, moins de 7°C, mais ce jour-là le mercure est monté un peu plus haut, assez pour faire ressortir les moustiques de leur tanières. On en est venus à regretter le froid. Il y en a des milliers, ils se posent partout, il est impossible d’exposer un moindre centimètre carré de peau sans protection ou sans une épaisse couche d’anti-moustique sans se faire piquer. Ces parasites piquent à travers les jeans, dans le cou, sur la figure, à l’intérieur des bottes, de vrais sans-gênes ! Pour faire un génocide, il suffit de mettre une baffe sur une de ses jambes.

Pendant ce temps, le reste de l’équipe installe un autre instrument, le pluviomètre Parsivel, avec tout autant de moustiques. Cet instrument allemand consiste en deux petites tourelles projetant un faisceau laser entre elles pour détecter les gouttes d’eau qui passent au travers. De même que pour les stations météo SensorScope, le sol en permafrost retarde le plantage des pluviomètres.

Le soir, c’est l’anniversaire de Molo. Molo, c’est tout un personnage. Nous l’avons rencontré dès notre arrivée, chevauchant son quad pour venir chercher nos bagages sur la plage, habillé d’une combinaison complète, orange au logo de l’Antarctique, de longs cheveux blancs au vent et les sandales aux pieds. Il fêtait ses 65 ans et son dernier été à Samoylov après y être venu pendant plus de 20 ans. Ce fut l’occasion de lui offrir un petit couteau suisse et deux beaux moelleux au chocolat confectionnés par Maxime. Cette soirée nous a permis de mieux connaitre nos collègues russes de Novossibirsk travaillant sur la géomorphologie, la vodka et le vin facilitant la communication entre nous.

Ile de Kurugnack

Zoom sur le sol

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