Premiers résultats

Par Lou et Céline.
[English version below]

Des strates historiques aux strates géologiques : premiers éléments dévoilés au camp du Chtchoutchii

L’expédition Yamal a réuni deux équipes scientifiques suisses à Chtchoutchii, l’une archéologique, la seconde environnementale.
Apres trois semaines de travail sur le terrain, voici les premiers résultats auxquels les deux équipes ont pu arriver, ainsi que les perspectives qui s’ouvrent à elles une fois de retour en Suisse.

1. Un devoir d’inventaire : faire parler le camp

L’équipe Archéologie a désormais terminé son travail d’inventaire à Chtchoutchii pour 2019. L’état des lieux a bien été effectué et, de ce fait, le plan des bâtiments et la fouille des structures sont deux tâches qui ont pu être abouties après trois semaines sur place. Au terme de cette expédition, Jérôme et son équipe sont ainsi parvenus à découvrir un nouveau mirador le long de la bordure Nord du camp. Ils recensent désormais trois tours d’observation et non plus deux, rejoignant un peu plus Vadim et l’ermite Andrei, qui affirmaient sans doute aucun qu’au km42 s’étaient érigés quatre miradors. Toutefois, ce nouveau mirador découvert ne se trouve pas dans l’un des angles du camp, mais bien le long d’une clôture. Vadim ne l’attendait pas à cet endroit, et s’il y avait bien une de ces tours à chaque angle du camp, nous nous dirigerions plutôt vers l’hypothèse d’un camp à cinq miradors. D’un point de vue archéologique cependant, rien ne permet d’affirmer l’existence des miradors aux angles nord-ouest et sud-est. Les observations faites sur place indiqueraient au contraire une absence de ceux-ci, du moins à ces deux angles du camp. Après ces trois semaines, Jérôme émet donc l’hypothèse qu’ils aient pu se trouver hors du camp, à l’extérieur de la clôture. Quant au bassin à la fonction inconnue à la moitié du séjour, l’équipe semble maintenant pencher pour l’hypothèse de toilettes. Désormais, l’étude architecturale ayant été complétée sur le site, il s’agit pour Jérôme de comprendre comment le camp, ses bâtiments et structures ont été construits. De retour en Suisse, c’est le travail d’analyse de l’ensemble des techniques de construction et des données amassées sur le terrain qui peut commencer.

Concernant les étudiants intégrés au projet archéologique, chacun a choisi une problématique à approfondir à partir du matériel source récolté sur le terrain. De retour en Suisse, Romain s’atèlera à la création d’un modèle 3D du camp. Grâce à une plateforme originairement utilisée pour la création de jeux, il reproduira une version numérique du km42. Les objets, structures et bâtiments, intégrés grâce à la photogramétrie, auront une fonction interactive pour les utilisateurs de la plateforme. Son but est de permettre aux personnes qui navigueront entre les vestiges de mieux appréhender le camp, de son architecture à son fonctionnement. Chiara et Marina se concentreront sur la visée anthropologique des travaux archéologiques effectués sur le camp. En interrogeant les touristes qu’elles ont régulièrement croisé et en les questionnant sur les différents point-de-vues portés sur les vestiges, elles prolongeront la question archéologique à celle de la mémoire de ce pan historique. Que faire de ces vestiges et comment transmettre la mémoire du Goulag ? Voici les questions qui formeront leur problématique. Daria s’intégrera au travail de groupe en étudiant les inscriptions retrouvées dans les baraques. Son accès linguistique sera d’une grande aide à la compréhension de ces dernières. Après leur retranscription, Daria s’attèlera à leur analyse à l’aide des connaissances de Vadim Gritsenko, avec qui elle prévoit d’écrire un article à ce sujet. Quant à Jonathan, il souhaite adopter une approche plus littéraire que scientifique, malgré son cursus d’études. Plus liée à la mémoire, sa problématique s’intéressera aux traces de réoccupation, sur et autour du site. Cela concerne, entre autres, les cigarettes, les pièces de monnaie, les bouteilles, et autres offrandes laissées dans les bâtiments par les visiteurs du camp. Qu’en dire ? Pourquoi et comment le camp a-t-il été réapproprié ? C’est à ces questions que Jonathan tentera de répondre. Le groupe Archéologie n’a donc pas terminé de questionner le camp et d’essayer de comprendre son fonctionnement et son histoire. Les prochaines semaines s’annoncent chargées pour Jérôme, Romain, Chiara, Marina, Daria, et Jonathan.

Et que dire de l’expédition au Yamal 2020 ? A la suite d’une rencontre privilégiée avec le maire de Nadym, Leonid Dyachenko, ce dernier nous a vivement fait part de son voeu que l’expédition soit reconduite l’année prochaine. La suite des projets de 2019 commence donc à germer dans l’esprit des superviseurs. Jérôme entrevoit effectivement déjà plusieurs possibilités de recherches pour compléter les travaux menés cet été. D’une part, après la courte visite de l’équipe à Yaroudieï, Jérôme demeure intrigué par certaines techniques de construction bien distinctes de celles de Chtchoutchii. Différents éléments ne ressemblent pas à ceux retrouvés à Nadym, le système d’isolation des bâtiments par exemple. Il s’agirait donc en 2020 d’effectuer un travail comparatif entre plusieurs camps, à partir des données récoltées cette année à Chtchoutchii. Pour ceci, l’équipe Archéologique devrait travailler sur un relevé à plus large échelle, soit sur une inspection moins détaillée de chaque camp, afin de rassembler tous les éléments sur une seule et unique carte générale de la ligne. Tout ceci vise une compréhension plus approfondie des diverses méthodes de construction  des camps durant leur période d’exploitation le long de la ligne 501-503. D’autre part, il serait intéressant de continuer le relevé de Chtchoutchii, cette fois de manière plus poussée et détaillée, et ce jusqu’au camp des gardiens. Toujours dans l’optique de lutter contre notre imaginaire faussé, le travail archéologique cherchera toujours à rétablir au mieux la vérité du camp, dans sa généralité, mais aussi dans ses détails. Affaire à suivre…

2. Sonder la nature : faire parler les arbres et les sols

Après trois semaines de terrain et d’analyse en « laboratoire », l’équipe de l’environnement est maintenant en mesure de nous donner les premiers résultats de ses recherches.

La première zone sur laquelle les étudiants se sont concentrés est l’aérodrome. L’hypothèse est que cette piste récemment découverte par le professeur Andreï pourrait dater de la période d’exploitation du Goulag. 

Cependant, sur l’ancienne piste de l’aérodrome, les échantillons récoltés montrent que les arbres les plus anciens datent de 1986, alors qu’ailleurs, dans les forêts alentours, ils remontent d’avant 1900. Nous pouvons donc déduire que la fin de l’utilisation de l’aérodrome correspond aux années 1990. Les analyses des souches de la partie déboisée permettront de définir l’année de coupe – et ainsi le début de l’utilisation de l’aérodrome. Ce travail se poursuivra en Suisse, sur des logiciels de haute résolution adaptés à ce type d’examen. La première conclusion permet donc aux étudiants d’affirmer que la fin de l’exploitation de l’aérodrome n’est pas corrélée avec la fin de l’exploitation du Goulag. EN revanche, les années 90 correspondent au début de la pérestroïka, qui marque la fin de l’économie planifiée, systémique dans le Nord. 

En outre, les observations des carottes révèlent des variations de croissance aux alentours des années 1990. L’espacement entre les cernes est plus petit, preuve d’une diminution de la croissance des arbres. La première hypothèse pour expliquer ce phénomène serait le climat, mais ces informations doivent tout d’abord être corrélées avec l’analyse des arbres des autres régions, notamment ceux de la zone contrôle, ainsi qu’avec des données météorologiques. 

Le manque de matériel de précision ne permet pas aux étudiants d’offrir des analyses complètes. L’étude approfondie des échantillons se poursuivra alors à leur retour en Suisse.

Concernant les essais géotechniques sur l’aérodrome, trois lieux ont été testés: la piste, la bordure de la piste, et hors de la piste. Ce sont trois tranchées qui ont été creusées, afin de voir s’il y a une différence notable de sols. Trois analyses ont été effectuées sur les échantillons, soit un essai de résistance de sol, à l’aide d’un pénétromètre de poche, un essai de tamisage, sur trois profondeurs différentes pour chaque lieu, puis un essai de teneur en eau, le tout dans le but de déterminer le type de sol des échantillons. Après analyse, ces derniers semblent avoir des strates de sol similaires. La première couche est de type végétal, puis la seconde de type sable limono-argileux, et finalement la troisième strate, à 40-50cm de profondeur, est une couche composée presque uniquement de sable. L’ensemble de ces sols est typé de très fin à très très fin, et sans graviers. La première strate est bien plus humide que les couches inférieures, et bien plus résistante que les couches sablonneuses. Les premiers résultats ne démontrent alors pas une différence significative entre les trois endroits testés, entre le sol de la piste et hors de la piste.

From historical to geological strates: first revelations from Shtshuchii’s camp

 

Yamal’s expedition reunited two Swiss scientific teams at Shtshuchii, one studying archaeology, and the other environmental issues.

After three weeks’ worth of research work on the field, here are the first results that the teams have reached, but also the perpectives opening up in front of them, once back in Switzerland.

 

 1. Inventory duty: make the camp talk

The Archeology team has now completed its inventory work in Shtshuchii for 2019. The inventory has been carried out and, as a result, the building plan and the structural excavation are two tasks that have been completed after three weeks on the field. After this expedition, Jerome and his team managed to discover a new observation tower along the northern edge of the camp. They now count three of these towers and no longer two, joining a little more Vadim and the hermit Andrei, who claimed without any doubt that at km42 were erected four watchtowers. However, this discovery is not located in one of the corners of the camp, but along a fence. Vadim did not expect to find it there, and if there were one of these towers at each corner of the camp, we would rather get to the hypothesis of a camp with five watchtowers. From an archaeological point of view, however, there is no evidence to support the existence of watchtowers at the north-west and south-east corners. The observations made on the field would indicate, on the contrary, an absence of these, at least at these two angles of the camp. After these three weeks, Jerome therefore assumes that they could have been located outside the camp, outside the fence. As for the basin with unknown function halfway of the stay, the team now seems to be leaning towards the hypothesis of them being toilets. From now on, the architectural study has been completed on the site, it is now time for Jerome to understand how the camp, its buildings and structures were built. Back in Switzerland, it is the work of analysis of all construction techniques and of the data collected in the field that can begin.

Regarding the students included in the archaeological project, each chose an issue to be developed from the source material collected in the field. Back in Switzerland, Romain will be involved in the creation of a 3D model of the camp. Thanks to a platform originally used for the creation of games, he will reproduce a digital version of km42. The objects, structures and buildings, integrated thanks to the photogrametry, will have an interactive function for the users of the platform. Its purpose is to allow people who navigate between the remains to better understand the camp, from its architecture to its operational functions. Chiara and Marina will focus on the anthropological purpose of the archaeological work carried out on the camp. By questioning the tourists that they have regularly crossed and questioning them on the various points of view on the remains’s future, they will extend the archaeological question to that of the memory of this historical section. What to do with these vestiges and how to transmit the memory of the Gulag? Here are the questions that will form their issue. Daria will join the group work by studying the inscriptions found in the barracks. Her linguistic access will be of great help in understanding these. After their transcription, Daria will focus on their analysis using the knowledge of Vadim Gritsenko, with whom she plans to write an article about the subject. As for Jonathan, he wants to adopt a more literary than scientific approach, despite his studies. More related to the memory, his problematic will be interested in the traces of reoccupation, on and around the site. This includes, among other things, cigarettes, coins, bottles, and other offerings left in the buildings by camp visitors. What to say? Why and how was the camp re-appropriated? These are the questions Jonathan will try to answer. The Archeology group has not finished questioning the camp and trying to understand its functions and history. The coming weeks will be busy for Jerome, Romain, Chiara, Marina, Daria, and Jonathan.

And what about the Yamal 2020 expedition? Following a special meeting with the mayor of Nadym, Leonid Dyachenko, the latter strongly expressed his wish that the expedition be renewed next year. The next projects thus begin to germinate in the minds of our supervisors. Jerome actually sees several research opportunities to complete the work done this summer. On the one hand, after the short visit of the team to Yarudei, Jerome remains intrigued by certain construction techniques quite different from Shtshuchii’s. Different elements do not look like those found at Nadym, the insulation system of buildings for example. It would therefore be in 2020 that he be able to carry out a comparative work between several camps, based on the data collected this year in Shtshuchii. For this, the Archaeological team should work on a larger scale survey, on a less detailed inspection of each site, to gather all the elements on a single general map of the line. All this aims at a deeper understanding of the various methods of camp construction during their period of operation along the 501-503 line. On the other hand, it would be interesting to continue Shtshuchii’s observation, this time in a more detailed and precise manner, including in the guards camp. Always in the perspective of fighting against our distorted imagination, the archaeological work will always seek to restore the truth of the camp, in its generality, but also in its details. To be continued …

3. Probe nature : make the trees and soils talk

After three weeks of fieldwork and laboratory analysis, the environment team is now able to give us the first results of their research.

The first area the students focused on is the airfield. The hypothesis is that this track recently discovered by Professor Andreï could date from the exploitation period of the Gulag.

However, on the old runway of the aerodrome, the samples collected show that the oldest trees date from 1986, whereas elsewhere, in the surrounding forests, they go back to before 1900. We can thus deduce that the end aerodrome use is the 1990s. Strain analyzes of the deforested portion will define the year of cut – and thus the start of aerodrome use. This work will continue in Switzerland on high resolution software adapted to this type of examination. The first conclusion therefore allows the students to say that the end of the operation of the aerodrome is not correlated with the end of the exploitation of the Gulag. On the other hand, the 1990s are the beginning of the perestroika, which marks the end of the planned, systemic economy in the North.

In addition, observations of cores reveal growth changes around the 1990s. The spacing between rings is smaller, indicating a decrease in tree growth. The first hypothesis to explain this phenomenon would be the climate, but this information must first be correlated with the analysis of the trees of the other regions, in particular those of the control zone, as well as with meteorological data.

The lack of precision equipment does not allow students to offer complete analyzes. The in-depth study of the samples will then continue on their return to Switzerland.

Regarding the geotechnical tests on the airfield, three places were tested: the track, the edge of the track, and off the track. Three trenches have been dug to see if there is a noticeable difference in soils. Three analyzes were performed on the samples, a soil resistance test, using a pocket penetrometer, a sieving test, at three different depths for each site, and then a humidity level test, all in order to determine the samples’ types of soils. After a first analysis, theres seems to be similar soil layers. The first layer is of the vegetal type, then the second of the silty-clay sand type, and finally the third stratum, at a depth of 40-50cm, is a layer composed almost entirely of sand. All these soils are typified from very fine to very very fine, and without gravel. The first layer is much wetter than the lower layers, and much more resistant than the sandy layers. The first results do not show a significant difference between the three tested locations, between the ground of the track and off the track.

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