Quatrième semaine

Le lundi matin, le responsable logistique Waldemar nous annonce que nous pouvons tous partir en excursion sur l’île de Tit-Ari. Le capitaine Victor, que nous admirons pour la poésie de ses toasts et ses dents dorées, nous emmène alors à bord de son navire Merzataviet jusqu’à ce bout de terre situé à cinq heures au sud, en remontant la rivière. Au fur et à mesure de notre avancée, nous voyons apparaître quelques arbres et sentons le soleil caresser notre peau. Les géologues russes à bord nous enseignent la base des périodes géologiques, illustré in vivo par les strates des côtes de la rivière, rendues visibles par l’érosion. L’île n’ayant pas de quai, ce qui est d’ailleurs aussi le cas de Samoylov, l’accostage se fait simplement en posant le bateau sur le banc de sable et en descendant une rampe jusque sur la plage. Le petit hameau de pêcheur dans lequel nous arrivons marque le début de notre ballade, qui passe par un cimetière à l’allure délabrée et des épaves de bateaux échouées. Nous arrivons finalement à la frontière de la forêt, qui ne remonte pas plus au nord. Les arbres, à hauteur d’homme, cachent un petit lac dans lequel nous ferons trempette. Au retour, le ciel se couvre d’un épais smog, le soleil prend une teinte pourpre. Il y a en effet des feux de forêts plus au sud, proche de Iakutsk, et le vent ramène cette pollution jusque dans l’Arctique. Ce smog ne nous quittera plus, y compris à Samoylov jusqu'au jour de notre départ.

Expedition à Tit-Ari

Nous passons le mardi à travailler sur nos différents projets dans le confort d'une chambre ou dans la salle de conférence. Pour finir la journée, la plupart d'entre nous profite d'un peu de sport en soulevant de la fonte ou en courant sur ce qu'il reste de plage autour de l'île, les eaux ayant monté.

Le mercredi, tandis que Dimitri se joint à la biologiste russe Elena pour l'aider à récolter le zooplankton dans des échantillons d'eau sur l'île de Kurungnakh, le travail continue à Samoylov. Ces derniers ont par ailleurs eu la chance d'apercevoir un bœuf musqué et un cerf sur le chemin du retour. Léa et Laura réalisent à nouveau des mesures de CO2, cette fois en recouvrant entièrement la chambre avec du papier d'aluminium afin de ne pas influencer la mesure par la photosynthèse des plantes, qui consomme du CO2. Mathieu et Christophe se chargent, eux, de réinstaller l’instrument Parsivel, qui peut prolonger son séjour en Arctique jusqu'au départ de l'expédition allemande en septembre. Une fois de plus, le permafrost leur joue des tours lorsqu’ils tentent de refixer l’instrument de manière plus durable, et le temps nécessaire est bien plus conséquent qu'initialement estimé.

 

Boeuf musqué sur l'île de Kurungnakh

La chambre à CO2 sur la tourbe

 

Le mercredi soir, c'est un peu notre fête de départ car nous recevons l'ordre de ne pas abuser de cette boisson qui élève les cœurs et délie les langues le samedi précédant notre départ. Nous ne faisons pas la sourde oreille et en profitons pour écouler nos dernières bouteilles. Pour cette occasion un peu spéciale, l'after-bania a cette fois lieu dans la grande tente annexe de la station, chauffée pour l'occasion à l'aide d'un petit poêle mobile. En plus du fromage et des saucissons, des petits poissons au goût très prononcé dont on nous dit que les russes raffolent sont présents. La musique permet également de passer outre la barrière de la langue et nous nous amusons à danser tous ensemble sur les différents goûts musicaux des DJs.

Le jeudi matin, après un réveil difficile, un petit comité part à nouveau caractériser la profondeur de la couche active du permafrost en plantant des pieux, cette fois de manière aléatoire pour pouvoir mieux estimer la variabilité pour chaque type de terrain. Puis de nouvelles et dernières mesures de CO2 sont entreprises dans la tourbière de la côte, vieille de plusieurs milliers d'années.

 

Nous redoublons d'efficacité pour notre dernier vendredi et désinstallons tous nos instruments en deux temps trois mouvements. Ces derniers sont rangés bien soigneusement en pièces détachées dans les différentes boîtes pour leur retour.

 

Le samedi matin, réveil matinal pour Léa et Laura qui partent pour un dernier tour des polygones de l'île en compagnie de Nikolaï, le biologiste passionné et passionnant, qui les aide à dresser l'inventaire des espèces présentes sur le terrain d'étude. Puis, c'est dans une ambiance déjà nostalgique que les derniers préparatifs des valises se réalisent. Il s'agit tout d’abord de réunir toutes les affaires dispersées dans la station au long du séjour, mais également de préparer quelques présents pour les personnes vivant sur la station, et à qui une petite attention ne sera que symbolique comparé à ce que leur aide ou bonne humeur quotidienne nous a apporté. Le soir nous quittons tous notre dernière bania et after-bania avec un gros pincement au coeur et continuons de discuter jusqu'à tard dans la nuit pour ne pas penser au lendemain.

Mais le dimanche arrive malgré tout, et après avoir pris des forces avec les oeufs que Molo nous a préparés plus tôt, il est temps d'aller sur la plage pour charger les valises sur le bateau et prendre congé de nos amis après la traditionnelle photo de départ. Une fois celle-ci prise, nous partons sur les chapeaux de roues et c'est avec les larmes aux yeux que notre bateau s'éloigne alors que ceux restés à terre agitent leurs mouchoirs. Nous chantons une dernière fois les Champs-Elysées, qui restera probablement ancrée en nous comme la chanson de notre voyage.

Dernière photo de notre groupe

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