Les projets menés au camp

Par  Estelle, Katya, Lou et Céline.
[English version below]

Des strates historiques aux strates géologiques : enquête sur la mémoire du camp du Chtchoutchii

L’expédition Yamal réunit trois équipes scientifiques sur le site d’un ancien camp du Goulag, créé pour la construction d’une ligne de chemin de fer dans les années 1950-52. Septante ans plus tard, des étudiants de différentes disciplines se fixent un objectif commun : mesurer l’impact de cette activité humaine sur l’environnement local.
Apres une semaine de travail sur le terrain, voici un état des lieux de leurs hypothèses de départ, et des nouvelles pistes de recherches qui s’ouvrent à eux.

1. Un devoir d’inventaire : faire parler le camp

Le programme de l’équipe « Archéologie » sur le camp se résume ainsi : effectuer un état des lieux, soit un inventaire de toute trace d’activité humaine dans le camp et ses alentours. Seront observés, bâtiments, structures et objets. On considère ici les bâtiments comme des lieux abrités, c’est-à-dire les dortoirs, la cuisine, la prison, ou encore le vestiaire, et les structures comme l’assemblage de plusieurs objets, tels les miradors, puits et drains (des rigoles qui entourent chaque bâtiment).
Et quels sont les enjeux d’une telle entreprise ? A cause de notre perception historique éloignée, nous avons de la peine à concevoir que tous les bâtiments des camps aient été blancs, à l’intérieur comme à l’extérieur. Comment accepter qu’un tel lieu ait pu être agréable à regarder et bien bâti, spartiate et léger ? L’imaginaire des camps se construit autour de l’esthétique de la ruine. Il est peut-être plus aisé d’imaginer l’horreur dans des endroits sordides. Néanmoins, nul besoin de bâtiments délabrés pour voir naître des situations difficiles. C’est contre cet imaginaire faussé que le travail archéologique rencontre son enjeu. Il s’agit pour notre équipe de rétablir la vérité du camp, du mieux qu’elle le pourra.

Jérôme, superviseur du projet archéologique de l’expédition, s’est fixé deux objectifs principaux découlant de l’entreprise d’inventaire. D’une part, effectuer un état photographique du site, capturant l’été 2019, dans une visée mémorative, relative à celle de l’archivage. D’autre part, établir une base de données regroupant l’ensemble des éléments trouvés sur place. Celle-ci pourra alors servir à l’analyse ultérieure de la construction du camp, de son fonctionnement, de son abandon, et de sa réoccupation. Cette dernière s’apparente par exemple à l’apport d’objets à postériori, telle la présence d’un poêle dans un bâtiment ne possédant pas de trou dans son toit, ce qui requiert habituellement ce type d’objet. Somme toute, ces deux objectifs visent une compréhension approfondie de l’histoire du camp, de sa construction jusqu’à aujourd’hui, grâce au travail de terrain couplé à un travail d’analyse, de retour en Suisse.

Comment se met en place le travail d’inventaire ? Dans un premier temps, l’équipe archéologie doit se familiariser avec les lieux, mais aussi avec ses nouveaux outils de travail. L’inventaire doit être complété par la récolte d’informations, soit la description que le groupe pourra fournir aux objets découverts, leurs aspects et environnements. Tout ceci s’effectue par le biais de deux iPads et d’une application, iDig. Cette dernière, développée par l’American School of Classical Studies, est régulièrement utilisée par Jérôme lors de fouilles archéologiques en Grèce. Ce logiciel permet de localiser toutes les informations sur une seule et même carte, d’en faire des photos, de les décrire, le tout sur un support commun.
N’oublions néanmoins pas que les étudiants assignés à cette tâche n’ont pas de formation en archéologie. La prise en main des outils et le repérage des vestiges doivent leur être inculqués sur place par Jérôme. C’est ici la première difficulté rencontrée sur le terrain. Les moyens humains sont limités et le temps sur place est compté, trois semaines pour former une équipe sans d’extravagants moyens techniques. La formation des étudiants et l’adaptation de leurs objectifs selon les moyens à disposition font entièrement partie du challenge lancé à l’équipe archéologie.

Seconde difficulté : établir un plan du camp sans réellement faire de fouilles. L’équipe n’a pas le temps de s’intéresser à chaque élément, mais doit se concentrer sur ceux dont on peut déterminer la fonction. Pas d’extrapolation, le groupe doit se suffire à la description et aux remarques préliminaires. Il s’agit bien d’un relevé et d’une inspection architecturale, plutôt qu’une véritable fouille archéologique. Si une structure usuelle des camps de l’époque venait à manquer, il ne s’agirait pas d’expliquer sa disparition, mais bien d’en signaler la singularité. Cette retenue de l’imaginaire et de l’esprit de déduction, pourtant si naturels chez nos chercheurs, peut se révéler frustrante, mais doit absolument être préservée.

Le relevé se faisant en Russie, un troisième challenge vient s’ajouter aux deux précédents : la difficulté d’accéder à toutes les informations des archives. La barrière de la langue demeure un réel obstacle à l’entière appréhension des données historiques. L’équipe peut cependant compter sur Vadim Gritsenko, historien passionné par le projet 501, entre autres, qu’il étudie minutieusement depuis plus de 30 ans. Mémoire vivante de la région, le groupe archéologie a déjà pu lui soumettre diverses questions liées au camp, son origine, ses bâtiments, ses rescapés, bref son histoire.

Jérôme André

Romain Clément

Une fois l’inventaire réalisé, il s’agira de continuer l’étude des vestiges du camp en Suisse. Le relevé de terrain devient alors le matériel principal à partir duquel des analyses plus poussées pourront débuter. Certaines hypothèses peuvent cependant déjà être formulées. Par exemple, il semblerait que beaucoup d’éléments du camp aient été préfabriqués. Les bâtiments sont normés et les murs formés de la même manière, selon un module commun. Des encoches sont visibles à distance régulière sur les poutres soutenant la charpente des bâtiments, et celles-ci sont identiques sur l’ensemble des poutres observées jusqu’à maintenant.

Mais pour l’instant, alors que la seconde moitié du travail de terrain est sur le point de commencer, Jérôme réserve une nouvelle surprise à ses étudiants : la « photogramétrie ». Plan global du site réalisé à partir d’un grand nombre de photos, la photogramétrie promet un modèle 3D du camp, sans distorsion optique. C’est dans le but de la mettre en place que l’équipe doit désormais travailler. Ce nouvel outil de travail devrait alors permettre d’appréhender leurs nouveaux questionnements, nés des observations faites directement sur le terrain. Quelle fonction attribuer à certains objets trouvés ? D’étranges bassines taraudent l’esprit de notre équipe. Et pourquoi trouve-t-on uniquement deux miradors dans les angles du camp, et non quatre ? Les archives de l’époque démontrent que tout camp était doté de quatre miradors, un à chaque angle du site. Pourtant au km42, dans les coins dénués de postes d’observation, l’agencement des barrières barbelées suggère que ce type de structure n’y a jamais été placé. Il y a ici une contradiction entre source et terrain. A nos archéologues de la résoudre.

Et finalement, que faire de la question de la mémoire du goulag ? Les vestiges sont d’une si vaste ampleur qu’il sera complexe de tous les conserver. Peut-on tout de même accepter qu’ils soient voués à la destruction ? Et que penser des reproductions numériques de tels pans du passé ? Faut-il sauvegarder ces vestiges ou les laisser en proie à la nature et aux badauds ? Cette question demeure insoluble pour les chercheurs, mais l’on sent que des idées commencent à germer dans leurs infatigables trains de pensées.

2. Une piste de recherche inattendue : l’aérodrome

C’est un attrait grandissant que connaît l’Arctique, notamment auprès des touristes, mais surtout auprès des scientifiques. Cette région difficilement accessible dans son entièreté promet le renouvellement de nombreux terrains de recherche, vastes et variés. Il n’est d’ailleurs pas étonnant d’y découvrir régulièrement de nouveaux éléments éveillant l’intérêt de tous les horizons scientifiques. C’est justement la découverte d’un professeur du Département de Géographie, à l’Université de Tyumen, un aérodrome à proximité des vestiges d’un camp du Goulag, qui intéressera son équipe lors des trois semaines au km42.
Pourquoi se pencher sur cet aérodrome ? Car la végétation y suit un développement anormalement élevé. La piste d’atterrissage dessine un rectangle étonnamment précis de végétation bien plus dense que dans ses alentours. C’est ce mystère que doit étudier de près l’équipe d’étudiantes russes qui composent le groupe « Microclimat».

Plusieurs questions émergent déjà du groupe, et les hypothèses pour y répondre ne manquent pas. Peut-on dater l’aérodrome et l’assigner au fonctionnement du camp ? L’équipe usera des techniques de dendrochronologie, afin de déterminer l’âge des arbres ayant repoussé sur l’ancienne piste. S’ils ne sont pas plus vieux que le camp, s’ils n’ont pas atteint les 70 ans, alors il est probable que la piste ait été d’usage durant la période de mise en fonction du camp. Si les arbres venaient à être plus vieux, alors de nouvelles hypothèses devraient être formulées.
Et pourquoi la végétation a-t-elle repris à un rythme plus soutenu sur cette parcelle de terrain ? Au premier abord, l’équipe semble privilégier l’hypothèse d’une fonte accélérée du pergélisol dans cette zone, mais elle reste à prouver. Elle paraît être la plus logique des explications. En effet, afin de construire l’aérodrome et sa piste d’atterrissage, il aurait été normal de défricher la zone. Mais en retirant toute végétation du terrain, la couverture naturelle du sol aurait aussi été retirée. Alors plus vulnérable aux conditions extérieures, les changements de température et événements climatiques, le pergélisol aurait été plus directement affecté que dans le reste de la région alentour. La fonte de ce sol gelé aurait ainsi libéré de l’eau, créant un environnement humide et empli de nutriments, bien plus favorable à la pousse d’arbres et autres plants de végétation. Les atterrissages provoquent d’ailleurs le tassement de la terre, ce qui pourrait aussi affecter l’évolution du pergélisol. Ceci, additionné à l’activité humaine expliquerait le plus directement ce rectangle si particulier. Néanmoins, les premiers résultats semblent indiquer que la réponse ne se trouve pas uniquement au niveau de l’impact humain sur le pergélisol. En creusant près de deux mètres dans le sol du terrain, rien de conclusif n’a pu être décelé. L’équipe va désormais s’atteler à la mesure des différentes strates du sol de l’aérodrome, afin d’en déterminer la température. Cette entreprise devrait alors leur permettre de mieux comprendre l’impact humain sur cette zone et les raisons de cet anodin rectangle végétal.

3. Sonder la nature : faire parler les arbres et les sols

Ces dernières années, les scientifiques ont remarqué que les sols des régions arctiques ne sont plus gelés et imperméables en permanence. Ces périodes de dégel inhabituelles sont un des effets provoqués par le réchauffement climatique. L’équipe environnement est en charge de l’étude de ce phénomène climatique dans la région du Yamal, via une étude des arbres.

L’eau gelée emprisonnée normalement dans la partie supérieure du pergélisol fond, offrant ainsi une source d’eau et de minéraux aux différents végétaux. Cet effet devrait être observable sur la croissance des arbres, via l’étude de leurs cernes – la dendrochronologie. Un arbre produit un cerne par an, dont la largeur varie en fonction du climat. La méthode consiste à étudier les anneaux de croissance des arbres, permettant ainsi de déduire l’âge de ces derniers et les conditions météorologiques dans lesquelles ils ont grandi. La tendance actuellement observable dans certaines régions arctiques est que les anneaux concentriques sont plus larges, nous révélant ainsi des conditions de croissantes plus clémentes – indicateur potentiel d’une augmentation de l’eau, et/ou du changement climatique. Ici, la particularité des lieux d’étude – un ancien Goulag et ses alentours – offre une occasion rare de comparer l’évolution du climat dans une zone fortement impactée par l’activité humaine dans une période définie de 1950 à 1952 puis laissée à l’abandon.

Dans un premier temps, les étudiants procèdent à la récolte de données sur quatre sites aux alentours du Goulag : le camp, la voie ferrée, l’aérodrome et une zone de contrôle. Cette dernière est une forêt vierge d’activité humaine, alors que les trois autres ont été fortement impacté par l’activité anthropique durant la période d’exploitation du Goulag de 1950 à 1952. Cette chronologie précise permet un point de départ pour la datation des arbres. La diversité des sites – les zones exploitées par l’homme ainsi que la zone de contrôle – permettra à l’équipe de comparer et de croiser les différentes données, et de mesurer l’impact des activités humaines locales sur l’évolution du pergélisol.

Sur le terrain, les étudiants introduisent perpendiculairement à l’axe de l’arbre un tube de métal qui leur permet de prélever un fin cylindre de bois (carotte). Cette opération est relativement sans dommage pour l’arbre qui cicatrisera en remplissant le trou de sève en quelques jours. Ces carottes sont ensuite séchées et poncées afin de permettre une meilleure lecture des cernes. Ceux-ci seront ensuite photographiés et analysés via un logiciel de comptage de cernes.

Micaël Tille

Vincent Simonin, Mathieu Logeais et Micaël Tille

Parallèlement à l’étude des arbres, l’équipe environnement se penche aussi sur l’analyse des sols. Il s’agit d’identifier les effets de l’activité humaine sur les sites susmentionnés. En comparant les types de sols et les minéraux qui les composent, les étudiants seront en mesure d’identifier les modifications apportées par l’homme selon les trois types d’activité que présentent les sites (Goulag, chantier de construction de la voie ferrée, aérodrome). L’hypothèse principale est que les matériaux importés sur les chantiers pour les constructions ne sont pas appropriés pour du pergélisol. En effet, lors de sa fonte, les sols se gorgent d’eau et perdent leur résistance et leur portance, et deviennent en hivers plus sensible au gel.

La méthode utilisée consiste à creuser des tranchés dans les sites d’études. A différents niveaux, à l’aide d’un pénétromètre de poche, les étudiants déterminent la résistance à la pénétration. Ainsi, ils peuvent indiquer la capacité de support de charge des sols. De plus, ils récoltent des échantillons dont la composition (eau, argile, ou encore sable) sera analysée en laboratoire.

Les premières analyses sembleraient indiquer que la composition du sol, avec la fonte du pergélisol, est trop légère pour stabiliser et soutenir les structures sur le long terme. Il sera alors intéressant de se demander quels types de constructions pourraient être mieux adaptées aux conditions afin d’éviter la rapide dégradation des infrastructures. Les données des deux recherches seront croisées avec des données météorologiques de la ville de Nadym.

A ce jour, si certaines lignes commencent à se dessiner, il est encore trop tôt pour donner des résultats. Mais la seconde partie du voyage, avec quelques heures de laboratoire prévues au programme, ne fait que commencer…

Après une semaine à se croiser sur le terrain, les trois équipes scientifiques font une découverte commune : l’importance de l’interdisciplinarité, chaque spécialisation venant compléter de manière pertinente le travail de l’autre.
Peu à peu, la question de la mémoire du site, et de ce chacun peut y apporter, commence à émerger. Dès le premier jour, le Gouverneur nous a fait part d’un projet de Mémorial. Comment transmettre la mémoire du passé, pour qu’elle soit compatible avec les exigences du présent, et qu’elle soit utile aux générations futures ? Il y a une responsabilité du scientifique face à son sujet d’étude. Il y a une responsabilité de l’équipe Communication à transmettre un sujet qui relève de l’éthique. « Changing Arctic », « Changing your mind ».

From historical to geological strates: searching for the memory of Shtshuchii’s camp

 

Yamal’s expedition reunites three scientific teams on an old Gulag camp’s site, which was built for the construction of a railroad in the years 1950-52. Seventy years later, students from various backgrounds have a common goal: measure human activity’s impact over its immediate environment.

After a week’s worth of research work on the field, here is the state of their first hypotheses, and new leads opening up in front of them.

 

 

  1. Inventory duty: make the camp talk

The archaeology team’s program on the camp can be summed up as follows: state everything, in other words make an inventory of all traces of human activity in the camp and its surroundings. Buildings, structures and objects will be closely observed. Here, the buildings correspond to lieux abrités, such as the kitchen, the prison, or the dormitories, whereas structures are assembling of objects, such as observation towers, wells and drains (channels that encircle every building).

And why should such an enterprise be undertaken? Because of our distanced historical perception, we can hardly imagine that all building were white, inside and out. How could we accept for such a place to be pretty to look at, well built, simple and light? The imaginary around camps is built around the aesthetic of ruins. It is maybe easier to assign horrible events to a sordid place. However, no need for bad buildings for terrible situations to arise. It is against this wronged imaginary that the archaeological work takes all its importance. It this case, our team will try its best to reinstate the truth about the camp.

Jérôme, leader of the project, has set his team two main goals that depend on the inventory of the place. On the one hand, capture the photographic state of the site, for the summer of 2019, to function as archives. On the other hand, construct a database with all of the found elements. This base could then be used in an analytical way, in order to better understand the construction, function, abandon, and reoccupation of the camp. The later can be explained as the modifications brought to the place, after its period of function. This can be seen in houses, where there is a stove, but no hole in the roof that are typically with this kind of structure. In conclusion, these two objectives are set to deepen the understanding of the camp, form its construction to nowadays, thanks to some field work and an analytical approach once in Switzerland.

How can the inventory be made? At first, the archaeology team has to familiarise themselves with the place, but also with their new work instruments. The inventory must be completed with the collect of information, a description of the findings’ aspects and environments. All of this can be done with two iPads and an application, iDig. It was developed by the American School of Classical Studies, and frequently used by Jérôme when working in Greece. This software makes it easier to regroup every information on a single map, to add pictures and their descriptions, all in one place.

Nevertheless, let’s not forget that the students that have been assigned to this team do not have any archaeological background. The handling of new tools and the methodology around vestiges has to be taught to them by Jérôme, on the field. This is the first difficulty of the project. Human resources and the time in the camp are limited, three weeks to learn without any extravagant technical instruments. The students’ formation is completely part of the challenge the archeological team has to face.

Second difficulty: establish a plan of the camp, without ever doing excavations. The team does not have enough time to get invested in every tiny element, but has to focus on the ones whose function can be determined. No extrapolation, the members of the group have to limit themselves to a descriptive role and only emit preliminary remarks. The project is set out to be an observation and an architectural inspection, rather than a true archaeological excavations. If a structure that is usually part of the era’s camps cannot be found, then the team should not try to explain why it is missing, but instead signal this singularity. The avoidance of any imaginative or deductive intrusion can be frustrating, but it should be preserved at all costs.

The project taking part in Russia, a third challenge adds up to the later two: the difficulty of accessing to all of the archives’ information. The language barrier still is a real problem to completely get the historical data. The team can however count on Vadim Gritsenko, historian and passionate about the 501 project, among others, that he has studied for more than 30 years now. Living memory of the region, he already answered many of the team’s questions about the camp, its origin, its buildings, in short its history.

Once the inventory is made, the study will resume in Switzerland. The field observations will then become the source material for all deeper analytical researches. Some hypotheses have already been tested on the site. For example, it seems like many elements of the camp were premade. The buildings share similar measurements, as if to follow a norm and their walls are all made in the same manner. Small nicks have been made at a regular distance from each other on all timber, these are shared by all timbers of the camp’s buildings.

But for now, as the second part of the expedition is about to start, Jérôme has a surprise for his team: “photogrammetry”. By taking a large number of pictures of the same object, photogrammetry provides a 3D geometrical restitution of the camp’s objects, without any optical distortion. The team now has to work towards that goal. This new instrument should then lead to some new questions, born with the field observations. What function can be attributed to some of the camp’s objects? A few peculiar bassins intrigue the group. And why are there only two observation towers at the corners of the camp, instead of four. The archives of that period of time show that every camp would have been composed of four observation towers, one at each corner. Nevertheless, at km42, in the corners with no guard’s tower, the placement of the barbed wire barriers seem to suggest that there never were such structures. There is a contradiction between the sources and the field. Let our archaeologists solve that mystery.

And finally, what about the complex question of saving the Gulag’s memory? The amount of vestiges is so large, that it will be difficult to protect them all. However, can we accept the fact that they’re destined to disappear? And what about numerical reproductions of such sections of the past? Should we save a physical link to that part of history or let it slowly die at the hands of nature and strollers? This question remains insolvable for the group, but one can feel that some ideas are starting to sprout in their tireless trains of thoughts.

 

 

 

  1. An unexpected research lead: the airfield

 

The Arctic is a more and more interesting zone for scientists around the globe. Some parts of this vast region are hardly accessible, so much so that there are always new fields to study there. It is not a surprise that the discoveries in this region are quite regular. As a matter of fact, Andreï Soromatin, professor at the Department of Geography in Tyumen University, has found an airfield close the old km42 Gulag. This peculiar finding will be the subject of study of his team for the three weeks on the field.

Why is this structure so peculiar? Because the vegetation has undergone an abnormally high growth exactly on this site. The landing strip has become a perfectly drawn rectangle of dense vegetation, denser than anything around it. It is the mystery that the all-Russian microclimate team has to solve.

Many questions have already crossed the members of the team’s minds, and some hypotheses now have to be tested. Can we determine the period of use of the airfield, and assign it to the camp’s activities? The team will be responsible for tracing down the land’s recovery after the impact of human activity. First thing in order: find the trees’ ages. Using dendrochronology, the group will collect samples of tree rings in the studied zone. They will have to check whether the trees are over or less than 70 years old. If they are over 70, then the airfield was not in use during the camp’s functioning years. Indeed, they would have had to be cut down for the landing strip to be useable.

Then comes their main question: How did human activity influence the regrowth of vegetation, and so how does permafrost, and its evolution, affect its surroundings. In other words, why did the vegetation develop at such density on the field?

There are three types of forces affecting the soil in Yamal: reindeers, the forest fires and the human himself. There seems to be a clear overgraze in reindeers packs. The density of the reindeers is very elevated. The animals are eating the moss but most importantly they are trampling it down, leaving a bare land which is unable to give life to trees.

Back then when the railway was constructed, there was a runway, and the wheels of An-2 airplane were trampling down the ground like reindeers are doing now. The trees were cut down and the floss was dug up just for the runway purpose. On the satellite pictures the rectangular piece of the surface is highly visible. But now the runway is completely covered with trees, while the space right next to it, where they just cut down the woods without touching the moss, is empty to this day.

Usually the team splits up in two groups: first group is doing all the geographical work, they measure the amount of vegetation growth in different areas. For example, in one place there could be only lichen and moss, but few meters away there are also trees and bushes. They also analyze the ground, whether it is capable to recover or not. Ecologist put special markers around the territory. They get the GPS code of every one of them in order to create a special scheme of the terrain.

Another one is responsible for microclimate changing in the ground by measuring the temperatures in the different layers of soil. They also measure temperature in the air by using special tool called meteoscope. The group will provide an analysis of the humidity both in the soil and in the air.

At first glance, the team thought that a faster melting of permafrost was the answer, but it still has to be proven. This is the most logical explanation. Indeed, as the airfield had to be built, the site’s vegetation would have had to be completely removed. But in doing so, the natural soil’s cover would also have been removed. It would then have become more sensitive to exterior conditions, such as changes of temperature and climactic events. So, the permafrost would have been more directly affected than in other parts of the region. The melting of that frozen soil would have freed more water, creating a more humid and so nutritive environment for the plants to grow. This, added to anthropic activity, could easily explain this strange rectangle.

However, the first results seem to indicate that the answer is not only found in permafrost and the impact of human activity over it. Digging the first 1m40 of soil, nothing conclusive could be found. The team will now measure the temperature of different depths of soil around the airfield. Then, they should be able to better understand the influene of anthropic activity over the field, and so the origin of this peculiar rectangle.

 

  1. Probe nature : make the trees and soils talk

In the last years, scientists have noticed that soils in arctic regions are not frozen and impervious at all times. These unusual melting periods are an effect of the global warming. The environment team has come to Yamal’s region in order to study this climactic phenomenon thanks to a research on trees.

Frozen water is usually imprisoned by the upper part of permafrost, but as that protection starts to melt, water, along with the minerals it transports, is much more accessible the surface vegetation. This effect should be observable on the trees’ growth, through their rings – dendrochronology. A tree creates one ring each year, and its width depends on the climate it faces. The method consists in a study of the growth rings, letting the scientist know the age of the trees and the meteorological conditions they evolved in. Today’s rings’ tendencies in some arctic regions are to be larger, revealing that the conditions are milder – potential indicator of an augmentation of the ambient water and/or of climactic change. Here, the singularity of the place of study – an old Gulag and its environment – offers a rare occasion to compare the evolution of the climate in a zone strongly impacted by human activity in a defined period, from 1950 to 1952, to then be abandoned.

First, the students collect their data over a four-sites perimeter, around the Gulag: the camp itself, the railroad, the airfield, as well as a control zone. The later is a virgin forest, free from any human activity, while the other three have been strongly impacted by the Gulag’s anthropic activity between 1950 and 1952. This precise chronology is the starting point of the trees’ age determination. The diversity of the four sites – the zones exploited by man, and the control zone – should let the team compare and cross-examine different types of data, and so measure the influence of local human activity over the evolution of permafrost.

On the field, the students insert a metal tube, perpendicularly to the tree’s axis, which lets them collect a thin cylinder of wood (“carotte”). This operation is of relatively no damage to the tree. It will repair itself by filling up the hole with sap within a few days. Afterwards, the carottes can be dried up and sanded to better read to rings. High quality pictures are then taken of the samples to be analysed thanks to their software that counts the rings.

In addition to the study of trees, the environment team will look at the soils of the region. Their analysis could identify the effects of human activity over the sites previously mentioned. By comparing the different types of soil and their contained minerals, the students should be able to identify the modifications brought by man, depending on each of the activities operated on the sites (Gulag, railroad construction field, airfield). The main hypothesis is that the imported materials on the construction fields are not appropriated for permafrost. Indeed, as it melts, the soils are filled up with stagnant water, so much so that they lose their resistance and their bearing capacity to become less resilient when it freezes again.

The chosen method is to dig trenches in the fields of the study. At various depth levels, with the help of a pocket penetrometer, the students can determine the resistance to penetration. Doing so, they will be able to indicate the support capacity of the ground. Moreover, they will collect samples to analyse their composition (water, clay, or even sand) in a lab.

At first glance, the samples seem to indicate that the soil’s composition, because of the permafrost melting, is not heavy enough to stabilise and support the structures over lengthy periods of time. It would then be interesting to try and determine what kind of constructions would be better fit to these specific conditions, so that the infrastructures would not be damaged too quickly. The field data will then be cross-examined with the meteorological data found in Nadym.

To this day, even if some leads start to unfold, it is still too early to give out any results. But the second part of the expedition, during which some time in the lab is planned, is just about to start…

After a week of meeting each other on the field, the three scientific teams have had a common realisation: the importance of interdisciplinary work, each expertise coming to complete the other’s work in a pertinent way.

Little by little, the question of the site’s memory and of what anyone can add to it, starts to emerge. From the first day, the Governor told us about a Memorial project.

How can we pass on the memory of the past, for them to be compatible with the present’s requirements, but also for them to be useful to the future generations? There is a scientific responsibility in front of every subject of study. The Communication team also has a responsibility, they have to pass on a subject that is strongly affected by an ethical problematic. “Changing Arctic”, “Changing your mind”.

2 commentaires pour “Les projets menés au camp

  1. Énorme bravo à l’équipe comm. Passionnant article et audios qui nous permettent de bien sentir ce que vous vivez. Bravos bravos bravos à toutes et tous.

    1. Impressionnant et impressionnée par le contenu mais également par le style et le rythme donné tout au long de cette lecture merci à l équipe de comm

Les commentaires sont fermés.

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