Samedi 31 août

Par Estelle.
[English version below]

C’est la grande Parade à Nadym, le jour anniversaire de la fondation de la ville , en 1972. Depuis notre vieille Europe , peut-on imaginer une ville aussi jeune? 47 ans !
C’est aussi la fête des gaziers et des pétroliers. Car en Russie, depuis la Révolution , les saints des calendriers ont fait place à la fête des métiers.
Boulevard Zverveva , c’est le grand défilé officiel, avec les personnalités de la ville : le maire, bien sûr, accompagné du directeur de Gazprom qui nous a reçus dans son entreprise .
Puis viennent les majorettes – plutôt une fanfare féminine- , jupe plissée et bottes blanches, blouses bleues à galons dorés, dans la tradition populaire. Sous les képis blancs, des nattes blondes et de jolis sourires .
Puis viennent les corps de métier, les ingénieurs de Gazprom en tête, toujours aux couleurs bleu et blanc.
Au milieu du défilé,un curieux char passe, transportant un bateau à voile. Que représente t-il dans cette ville industrielle ? Est ce une évocation du passé, quand la seule liaison avec les villages côtiers se faisait par la rivière Nadym, qui a donné son nom à la ville ?
En fin de cortège, les associations sportives (en rouge), suivis par les pompiers avec leur camions rouges et blanc.
Sur les trottoirs , des familles applaudissent . Des enfants courent, jouent. Des ballons s’envolent dans le ciel gris.

Débouchant sur la place centrale , le cortège se réunit devant une grande scène. La fanfare féminine, composée uniquement de tambours, fait un ultime tour de piste et disparaît dans la foule, sous les applaudissements des « pionniers « , un groupe de personnes âgées, décorées de l’écharpe officielle. Ce sont les les vétérans, les bâtisseurs et premiers habitants de Nadym.
Derrière les capuches de fourrure et les lunettes de soleil, je perçois des visages aux traits orientaux. Je me rappelle certaines photos de famille, au musée d’histoire . Est ce les mêmes personnes, cinquante ans plus tard ? Certains d’entre eux ont-ils vécu dans des wagons, aux abords des chantiers ? Ont ils vu les bâtiments sortir de terre , à la seule force de leur travail ?
Sur les visages, malgré le temps qui a passé , se lit la même attitude, droite et fière.

Après les discours officiels et les chansons patriotiques, les groupes se dispersent de stands en stand . Des jeux pour enfants , des trampolines, un petit train électrique qui fait le tour de la place.

La fête va durer toute la journée, avec de nombreuses manifestations . Nos amis du club de Bikers font une démonstration de moto-mitrailleuse allemande . L’arme, bien que factice, fait impression .
Hier, Vadim le patron du club, nous racontait qu’il était passionné d’histoire . L’été dernier, un groupe de motards a refait l’itinéraire de la section Sibérienne pendant la Seconde guerre mondiale . 15000 km en deux mois , pour ramener un peu de la terre où est tombé le héros russe de la bataille . Vadim nous a montré ses trésors de guerre : un vieux casque allemand troué , ainsi qu’un vieux casque russe rouillé. 80 ans plus tard, on dirait que les ennemis d’hier se font face, une dernière fois, avant de reposer, ensemble, dans un garage anonyme. Un coin de mémoire, au coin d’un bar de motards.

Sur la place, Xenia la journaliste retrouve notre groupe. Il faut dire que nous sommes facilement repérables , avec nos pulls « UniArctic » et nos bonnets aux couleurs de Nadym. Les gens sourient. Ils ne demandent plus qui nous sommes ; l’expédition suisse a déjà fait la une de la télévision et des journaux, depuis quinze jours.
Ravie de nous retrouver, Xenia demande aux garçons de porter un «  toast « suisse. Mais au lieu de crier « santé » , ils crient « Happy Birthday Nadym »! La caméra enregistre pour la postérité. L’art helvétique de l’hospitalité s’exporte avec succès, bien au delà de l’Oural (et du Valais).

La fête se poursuivra toute la journée, jusqu’au feu d’artifice final, la nuit, sur les bords du lac. Le soir, nous dînons dans un restaurant ouzbek à la sortie de la ville . Tables en marbre et bœuf « Plov » au menu.
Pour cette soirée de clôture, Éric nous offre un magnifique discours , qui s’adresse à chacun de nous. Oui, nous avons vécu une aventure collective extraordinaire, dans des conditions climatiques difficiles. Oui, nous avons découvert un tout autre visage de la Russie, si loin des clichés relayés dans les médias.
Merci à Vadim, Kostia, Kolia, pour leur dévouement sans failles et leur grand cœur.
Merci à toi, Éric, de nous avoir transmis ta passion immense pour ce pays si accueillant. Merci de nous avoir embarqué dans l’inconnu, de nous avoir soutenus et poussés au delà de nos limites personnelles.
Merci de nous ouvrir des horizons nouveaux, tant d’espaces physiques à découvrir encore, et tant d’espaces intérieurs pour apprendre à mieux penser.
Merci à toi, voyageur insatiable et curieux, arpenteur des géographies humaines, toi le citoyen du monde.

Au moment de refermer ce journal, retrouvons-nous une dernière fois au coin du feu, au camp de Chthoutchii… 

There is a big Parade in Nadym, it’s the anniversary of the city’s founding, in 1972. From our old Europe’s point of view, can we imagine a city so young? 47 years !
It is also the party of gas and oil tankers. Because in Russia, since the Revolution, the saints of the calendars gave way to the feast of trades.
Zverveva Boulevard is the official grand parade, with the personalities of the city: the mayor, of course, accompanied by the director of Gazprom who did receive us in his offices.
Then come the cheerleaders – a rather feminine fanfare – pleated skirt and white boots, blue blouses with golden stripes, in the popular tradition. Under the white kepis, blond mats and pretty smiles.
Then come the workers, Gazprom’s engineers first, always in blue and white.
In the middle of the parade, a curious chariot passes, carrying a sailing boat. What does it represent in this industrial city? Is it an evocation of the past, when the only connection with the coastal villages was by the river Nadym, which gave its name to the city?
At the end of the procession, sports associations (in red), followed by firefighters with their red and white trucks.
On the sidewalks, families applaud. Children run, play. Balloons fly in the gray sky.

Leaving the central square, the procession meets in front of a large stage. The female fanfare, composed entirely of drums, makes a final lap and disappears into the crowd, to the applause of the “pioneers”, a group of elderly people, decorated with an official scarf. They are the veterans, builders and first inhabitants of Nadym.
Behind fur hoods and sunglasses, I see faces with oriental features. I remember some family photos at the history museum. Is it the same people, fifty years later? Did some of them live in wagons, near construction sites? Did they see the buildings coming out of the ground, by the mere force of their work?
On their faces, despite the time that has passed, the same attitude, straight and proud.

After the official speeches and the patriotic songs, the groups disperse from stands to stands. Games for children, trampolines, a small electric train that goes around the square.

The party will last all day, with many events. Our friends from the Bikers club are demonstrating a German machine gun. The weapon, although factitious, makes an impression.
Yesterday, Vadim the boss of the club, told us that he was passionate about history. Last summer, a group of bikers travelled along the route of the Siberian section during the Second World War. 15000 km in two months, to bring back some of the land where fell the Russian heroes of the battle. Vadim showed us his treasures of war: an old German helmet with holes, as well as an old Russian rusty helmet. 80 years later, it looks like the enemies of yesterday are facing one last time, before resting together in an anonymous garage. A corner of memory, at the corner of a biker’s bar.

On the square, Xenia the journalist finds our group. It must be said that we are easily spotted, with our sweaters “UniArctic” and our hats showing Nadym colours. People smile. They do not ask who we are anymore; the Swiss expedition has already been on the front pages of television and newspapers for a fortnight.
Delighted to find us, Xenia asks the boys to make a Swiss « toast”. But instead of shouting “health”, they shout “Happy Birthday Nadym”! The camera records every bit of it for posterity. The Swiss art of hospitality is successfully exported, well beyond the Urals (and Valais).

The party will continue all day, until the final fireworks, at night, on the shores of the lake. In the evening, we dine in an Uzbek restaurant at the exit of the city. Marble tables, “Plov” on the menu.
For this closing evening, Eric offers us a magnificent speech, addressed to each of us. Yes, we had an extraordinary collective adventure in difficult weather conditions. Yes, we have discovered a completely different face of Russia, so far from the clichés relayed in the media.
Thanks to Vadim, Kostia, and Kolia, for their unwavering dedication and their big hearts.
Thank you, Eric, for passing on to us your immense passion for this so welcoming country. Thank you for taking us into the unknown, for supporting us and pushing us beyond our personal limits.
Thank you for opening new horizons, so many physical spaces to discover, and yet so many interior spaces to learn to think better.
Thanks to you, insatiable and curious traveler, surveyor of human geographies, you the citizen of the world.

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